Symbole du gouvernement du Canada

Common menu bar links | Liens de navigation communs

Sommet des secteurs privé et public sur la protection des infrastructures essentielles du Conference Board du Canada

Discours de
l'honorable Stockwell Day,
ministre de la Sécurité publique

Ottawa, Ontario
7 mai 2008
Tel que prononcé

Merci Jean-Pierre [Jean-Pierre Sauriol, président et PDG, Dessau Inc.] de vos mots d’encouragement.

Monsieur Murray [Phil Murray, président de la conférence], vous avez rassemblé ici un groupe impressionnant de personnes pour discuter de questions importantes concernant la protection des infrastructures partout au pays.

Mesdames et messieurs, se préparer convenablement à des éventualités qui, espérons-le, ne se produiront jamais, constitue un défi difficile mais incontournable si l’on veut éviter la catastrophe. J’ai récemment eu l’occasion de visiter les emplacements de deux des tragédies les plus tristement célèbres de ces dernières années, les attaques terroristes du 11 septembre 2001 et les inondations de La Nouvelle-Orléans. Nous parlerons d’ici quelques minutes de la pertinence de ces événements en matière d’infrastructures essentielles.

Comme nous le savons, la combinaison de catastrophes naturelles, d’erreurs humaines ou d’activités terroristes peut avoir des ramifications qui défient l’entendement. Je l’ai dit et je le répète, la sécurité publique se doit d’être à la tête des priorités d’un gouvernement, car sans elle, le reste devient secondaire.

C’est pourquoi, vous l’aurez constaté, que dans notre premier budget en 2006, des 2,6 milliards de dollars consacrés à la sécurité publique, près d’un milliard a été réservé à la préparation en cas de pandémie. À cet égard, des plans sont déjà en place, grâce à nos efforts soutenus au cours des deux dernières années. Nous avons notamment élaboré des plans visant à gérer les situations transfrontalières lors d’une pandémie et, par la suite, à trouver le moyen de reprendre le cours normal des activités.

Dans le Budget de 2006, le gouvernement a également engagé 38 millions de dollars pour l’amélioration des interventions d’urgence en situation de crise, en plus de soutenir financièrement le Centre des opérations du gouvernement, à Ottawa, dans ses activités actuelles de surveillance et de collecte de renseignements provenant des quatre coins de la planète. Ces mesures nous donnent les moyens de faire face à une catastrophe en envoyant, le cas échéant, des avis et des directives qui permettront de protéger non seulement des vies humaines, mais également les infrastructures essentielles.

N’oublions pas que le Canada figurait sur la liste des six pays ciblés par Oussama ben Laden en 2002. À ce jour, nous sommes les seuls à avoir été épargnés. J’espère de tout cœur qu’il en sera toujours ainsi. De fait, l’éventualité d’un attentat au pays semble de plus en plus éloignée, grâce au dévouement de nos forces de sécurité et de protection, des planificateurs d’urgence et de nombre d’entre vous; nous pouvons donc envisager l’avenir avec confiance, sachant que nous sommes capables et prêts à faire face à toute éventualité. Nous ne sommes pas pour autant à l’abri de la menace.

En effet, le Canada et ses infrastructures essentielles, en particulier son pétrole et son gaz naturel, étaient encore dans la ligne de mire d’Oussama ben Laden en 2007. Sachant qu’une grande partie de notre production de pétrole et de gaz est destinée aux États-Unis, il est certain qu’un attentat dans ce secteur d’infrastructure nuirait gravement aux deux pays.

Nos frontières sont un secteur névralgique en matière d’infrastructures essentielles. 400 000 personnes et 2 milliards de dollars de marchandises commerciales les traversent chaque jour. Une grande portion des échanges commerciaux canado-américains, supérieure à la totalité du commerce effectué entre les États-Unis et le Japon, transige par une seule infrastructure, le pont Ambassador qui relie Windsor à Detroit. Il est donc clair que le sort de nos entreprises, de nos économies, dépend de nos infrastructures. Nous n’avons évoqué ici que les infrastructures liées au commerce. Il est donc crucial d’établir quelles sont nos infrastructures essentielles.

En janvier de cette année, ce point précis figurait en tête de l’ordre du jour d’une réunion des ministres fédéral, provinciaux et territoriaux responsables de la planification d’urgence. Nous voulons cette année réviser entièrement la Stratégie nationale de protection des infrastructures essentielles. Pour ce faire, il est essentiel d’établir des relations favorisant la détermination de nos infrastructures. Votre collaboration, en particulier celle du secteur privé, est au cœur de notre stratégie, et nous vous encourageons à faire ce qui doit être fait. Nous voulons nous assurer que les protections nécessaires sont en place et que vous avez la capacité de mettre en commun l’information, dans le cadre d’une stratégie coordonnée.

C’est la raison pour laquelle nous voulons réviser et continuellement mettre à jour la stratégie nationale. Un grand nombre d’entre vous du secteur privé ont soulevé, avec raison, des inquiétudes concernant la mise en commun de renseignements sur les infrastructures essentielles. Le gouvernement du Canada comprend l’importance primordiale de conserver la confidentialité de l’information que vous divulguez; c’est pourquoi il vous en donne l’assurance. Cette question ne représente qu’un des nombreux défis à relever en matière de coordination.

Bon nombre d’entre vous qui oeuvrent dans le domaine du développement du secteur privé ont accompli un travail remarquable pour déterminer les infrastructures essentielles et les mesures à prendre pour en assurer leur protection. Mais ce n’est qu’un début : la mise en commun de l’information est un processus continu. Tous les ordres de gouvernement, du fédéral au provincial et territorial, reconnaissent la grande importance de la révision et de la mise à jour de la Stratégie nationale. Nous y travaillerons donc ce printemps et cet été et y mettrons la dernière main cet automne. Nous comptons sur votre coopération tout au long de ce processus.

Soulignons que le Canada est le premier pays à avoir signé une entente avec Microsoft qui assure un accès 24 heures sur 24, 7 jours par semaine à un réseau de communication, dans l’éventualité d’une menace ou d’une catastrophe liées aux infrastructures essentielles. En matière d’infrastructures essentielles et de relations avec une entreprise comme Microsoft, il faut comprendre que nos réseaux cybernétiques constituent des cibles potentielles, pouvant entraîner l’interruption des services à la suite d’un accident ou d’une attaque planifiée. Le Canada doit donc être à l’avant-garde sur le plan des capacités de protection cybernétique.

La préparation est la clé. Comme beaucoup d’entre vous le savent, la Semaine de la protection civile se déroule actuellement. Nous avons amorcé cette semaine en effectuant diverses annonces dans l’ensemble du pays. Il est très rassurant de pouvoir rencontrer des équipes de premiers intervenants, en particulier ceux chargés d’intervenir en cas d’incidents touchant aux infrastructures essentielles : ces équipes sont le résultat de la planification, de la formation et des investissements fournis par les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. Ceux-ci ont concentré leurs efforts sur les outils et la formation en matière de crises afin de minimiser les répercussions économiques et les risques en pertes humaines. Les compétences de ces équipes sont vraiment impressionnantes.

Vous ne devez pas pour autant délaisser l’élaboration de vos plans : vous devez continuer à déterminer quelles sont vos propres infrastructures essentielles et être prêts à échanger ces renseignements avec vos partenaires. Ces mesures favoriseront une circulation rapide de l’information dès la diffusion d’une alerte. On pourra ainsi limiter les dommages causés par la défaillance d’une infrastructure essentielle, qu’il s’agisse d’une panne d’électricité, comme celle survenue il y a quelques années, ou d’un incident d’une ampleur encore plus terrible.

Il est bon de se rappeler certaines crises survenues au Canada et aux États‑Unis, afin de saisir l’importance de la planification en matière d’infrastructures essentielles. J’en profite pour saluer nos amis américains présents aujourd’hui : votre expérience nous est très utile. J’ai conservé un vif souvenir des scènes auxquelles j’ai assisté et des émotions que j’ai ressenties, lorsque je me suis rendu à New York, sur les lieux de la catastrophe du 11 septembre, et ce, quelques jours seulement après la tragédie. Cette vision d’horreur m’a bouleversé. Près de moi, les pompiers s’affairaient à trouver les dépouilles de leurs collègues au milieu des décombres du World Trade Center.

Je me suis entretenu avec une Canadienne dont le mari se trouvait à l’un des étages supérieurs des tours jumelles au moment de l’attentat : il lui a fait ses adieux au téléphone et lui a demandé de faire savoir à leur fils, qui n’était pas encore né, combien il l’aimait. Je ne pourrai jamais oublier ce que j’ai vu et entendu là-bas… toute cette destruction et toutes ces souffrances… C’est ce souvenir qui confère aux gens la détermination de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour qu’une telle tragédie ne se reproduise plus jamais.

Soulignons un fait peu connu des Canadiens, mais dont beaucoup d’entre vous ont eu vent : un nombre important de premiers intervenants de la Ville de New York avaient été longuement préparés à pareille éventualité, comme en témoignaient leurs actions. Avant l’attentat du 11 septembre, ils avaient en effet participé à des scénarios de catastrophe de même ampleur. Les répercussions de ce terrible événement ont donc pu être minimisées parce que ces personnes avaient été préparées à l’éventualité de la destruction massive d’infrastructures essentielles et avaient reçu une formation adéquate.

La semaine dernière, je me trouvais à La Nouvelle-Orléans avec le Premier ministre pour participer au Sommet des dirigeants du Partenariat nord‑américain pour la sécurité et la prospérité qui s’adresse au Canada, aux États‑Unis et au Mexique. Après le sommet, j’ai pu rencontrer le maire de La Nouvelle‑Orléans et plusieurs représentants du service de planification d’urgence, dont son directeur qui a pour tâche de déterminer les secteurs d’infrastructures essentielles. Ils m’ont confié que certaines des infrastructures ont fait cruellement défaut; ils s’étaient préparés à certaines éventualités, mais pas à toutes. Ils n’avaient pas prévu que des milliers de premiers intervenants quitteraient le théâtre des opérations pour s’occuper de leurs propres demeures en ruine.

Uniquement dans cette ville, des centaines de milliers de domiciles ont été rasés. Des infrastructures essentielles endommagées ont dû être fermées pendant quelque temps et certaines ne sont toujours pas opérationnelles. Toutes les infrastructures essentielles touchant à l’approvisionnement en eau, à l’alimentation électrique, aux télécommunications, à la télévision et aux tours de téléphonie cellulaire ont cessé de fonctionner. Pratiquement tous les réseaux de soutien ont été neutralisés.

Nous pouvons tirer des leçons de ce genre de situations de crise. La préparation est la clé. Les planificateurs de mesures d’urgence rencontrés et le maire reconnaissent que la planification laissait à désirer, et ce, même s’ils étaient au courant de la menace qui planait. À titre de comparaison, à New York, le discours lu par le maire Rudy Giuliani après les attaques terroristes avait été préparé bien avant les attentats.

La planification, la coopération et la collaboration sont essentielles. C’est pourquoi nous faisons appel à vous, qui participez à l’étude de ces crises. En effet, le travail du Conference Board du Canada nous est très utile en matière d’élaboration de politiques et de préparation. Le Conference Board a d’ailleurs produit un excellent document sur la catastrophe de l’ouragan Katrina. Ce document contenait des recommandations extrêmement perspicaces à l’intention des gouvernements et des entreprises.

Nous nous sommes donné pour objectif de réviser la Stratégie nationale de protection des infrastructures essentielles. Il est vrai que nous avons obtenu un degré élevé de collaboration et que nous disposons maintenant de la nouvelle Loi sur la gestion des urgences qui précise les responsabilités de chaque ministère gouvernemental et indique à quel moment ils doivent les assumer; mais nous devons continuer de chercher un mode efficace de planification, de détermination, de mise en commun de l’information et de collaboration.

Une des plus importantes leçons à tirer de La Nouvelle-Orléans, en matière d’infrastructures essentielles, est qu’il faut se préparer au pire. Il faut imaginer le scénario le plus défavorable concernant les infrastructures dont vous êtes responsables. À la Nouvelle-Orléans, le pire s’est produit, soit l’écroulement de pratiquement tout le réseau de soutien aux infrastructures. Les gestionnaires en ont tiré un grand nombre de leçons, qu’ils partagent aujourd’hui avec le reste du monde, un geste généreux et courageux de leur part. Nous avons tous quelque chose à apprendre de cette tragédie et d’autres situations de crise.

Sur ces propos quelque peu sinistres, j’aimerais vous remercier de votre dévouement qui n’a d’égal que notre détermination à collaborer avec vous et nos autres partenaires en vue de protéger nos infrastructures essentielles. En cas de catastrophe, la population canadienne pourra compter sur notre planification et sur notre engagement à y faire face ensemble.

Merci d’être au cœur de ces démarches.