Projet O.A.S.I.S.
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Le projet O.A.S.I.S. a pour but d’empêcher les nouveaux arrivants à risque de 12 à 19 ans de se joindre à des gangs de rues à Winnipeg. Ce projet comporte divers éléments d’intervention : mobilisation du quartier, service de recommandations pour les personnes et les familles, traitement visant les traumatismes et le deuil, formation professionnelle, éducation et programmes de loisirs. Le projet O.A.S.I.S. est offert par New Directions for Children, Youth, Adults and Families et est financé par le Fonds de lutte contre les activités des gangs de jeunes (FLAGJ) du Centre national de prévention du crime, qui fait partie de Sécurité publique Canada. Le projet a débuté en juin 2008 et il sera mis à l’essai et évalué en vertu du FLAGJ jusqu’en mars 2011.
C’est en réaction à la mort violente, en rapport avec les gangs, de quatre jeunes hommes dans les rues de Winnipeg, en 2005, que le projet Violence Intervention and Prevention (V.I.P) a vu le jour. Le personnel du projet V.I.P. a observé une augmentation marquée du nombre de jeunes réfugiés nouvellement arrivés qui étaient impliqués dans des actes de violence et des crimes liés aux gangs[1]. Il a également fait ressortir les aspects variés et complexes liés au travail auprès des jeunes et de leur famille qui ont connu les horreurs et les traumatismes de la guerre et de la violence dans leur pays d’origine[2].
La province du Manitoba a entamé des consultations auprès de différents partenaires et intervenants communautaires en vue d’élaborer la Stratégie de réduction des activités de gangs parmi les jeunes du Manitoba[3]. Cette stratégie a permis de mieux définir les besoins au chapitre des services plus globaux de prévention, de réduction et de répression des activités des gangs pour les jeunes réfugiés nouvellement arrivés.
Le projet O.A.S.I.S. a été créé pour répondre à ces besoins et pour combler les lacunes dans les services. Il offre aux jeunes réfugiés nouvellement arrivés et à leur famille des programmes de prévention, d’intervention et de répression pour lutter contre le phénomène des gangs, y compris de l’aide pour respecter les conditions imposées par le système de justice pénale et quitter les gangs.

Sources des données scientifiques
Les activités du projet O.A.S.I.S. ont été élaborées et conçues à l’aide de données scientifiques issues du modèle exhaustif de l’OJJDP (ou modèle Spergel) et du programme Wraparound Milwaukee.
Modèle exhaustif de l’OJJDP (ou modèle Spergel)
Le modèle Spergel est une approche triple et équilibrée qui fait appel à des activités de prévention, d’intervention et de répression. Le modèle repose sur l’hypothèse selon laquelle la présence des gangs devient un grave problème chronique dans les collectivités où les organisations clés sont mal intégrées et où il n’y a pas suffisamment de ressources pour cibler les membres des gangs. Pour résoudre ces problèmes, le modèle exhaustif de Spergel compte sur des organismes de la collectivité, notamment des organismes d’application de la loi, des organismes de services sociaux et des organismes locaux, afin de mettre en place une approche collective mieux intégrée. Le principal objectif du modèle Spergel consiste à réduire et à prévenir les crimes et les actes violents commis par des gangs.
Le modèle a été mis en œuvre dans le quartier Little Village à Chicago, en Illinois, à partir de 1992. Après avoir été modifié, il est devenu le Comprehensive Community-Wide Gang Model de l’OJJDP en 1995 et il a été mis en œuvre et testé dans cinq villes aux États‑Unis.
L’évaluation du modèle Spergel a permis de tirer les conclusions suivantes :
- Les actes de violence graves chez les membres des gangs visés étaient moins nombreux que chez les membres de gangs comparables dans la région. En effet, le nombre d’arrestations pour des crimes graves liés à un gang (en particulier les coups et blessures et les voies de fait graves) était moins élevé chez les membres des gangs visés que chez les membres d’un groupe témoin issus d’un même gang et de membres d’autres gangs du quartier Little Village.
- Le recours à une combinaison d’interventions sociales faisant appel à des intervenants jeunesse et à des techniques de suppression est plus efficace dans le cas des jeunes plus violents, tandis que le simple recours aux intervenants est plus efficace dans le cas des jeunes moins violents.
- Apparemment, le projet a permis d’aider les jeunes plus âgés à limiter considérablement leurs activités criminelles (surtout les actes de violence) plus rapidement que si aucun service ne leur avait été offert.
- Le projet a été particulièrement efficace pour réduire le nombre d’arrestations liées à la drogue chez les jeunes qui participaient au programme à temps plein comparativement aux jeunes qui n’y ont participé que partiellement, chez qui le taux d’arrestation pour des infractions liées à la drogue était plus élevé[4].
Wraparound Milwaukee
Le programme Wraparound Milwaukee est un programme de soins complet, axé sur les points forts, qui vise à offrir des soins personnalisés aux jeunes délinquants et à leur famille. Il est conçu pour réduire le nombre de jeunes placés en établissement à l’aide de traitements et de programmes familiaux dans la collectivité. Ce programme est destiné aux jeunes âgés de 13 à 17 ans qui ont de graves problèmes sur les plans du comportement, des émotions et de la santé mentale, ainsi qu’à leur famille.
Les objectifs du programme Wraparound Milwaukee sont les suivants :
- réduire les comportements antisociaux;
- aider les familles à accéder aux services disponibles;
- favoriser la fréquentation de pairs ayant des attitudes prosociales;
- accroître la cohésion familiale;
- réduire le nombre de placements à l’extérieur du domicile.
Une étude a révélé une diminution considérable du taux de récidive chez les jeunes ayant participé au programme Wraparound Milwaukee, notamment en ce qui concerne les actes délictueux graves et les méfaits. Cette étude a également montré que les participants au programme avaient commis moins d’infractions sexuelles, d’infractions contre les biens, de voies de fait et d’infractions commises à l’aide d’une arme
[5].

Participants au programme
Le projet O.A.S.I.S. s’adresse aux jeunes réfugiés masculins d’origine africaine et à leur famille. Ces jeunes, âgés de 12 à 19 ans, ont eu des démêlés avec le système de justice pénale et ont vécu des traumatismes et des deuils en raison de la guerre et de la violence dans leur pays d’origine.

Partenaires clés
Le projet O.A.S.I.S. repose sur de nombreux partenariats dans la collectivité. Voici certains partenaires clés qui participent au projet :
- le Centre pour la jeunesse du Manitoba;
- le Centre de traitement des adolescent(e)s du Manitoba;
- la faculté de travail social de l’Université du Manitoba;
- Mount Carmel Clinic;
- Needs Centre for War Affected Families;
- Welcome Place;
- Travail et Immigration Manitoba.

Composantes du programme
Les recommandations pour ce programme proviennent de diverses sources, mais elles découlent le plus souvent de renseignements sur les jeunes qui ont des démêlés avec le système de justice pénale. Les agents chargés des cas font des visites hebdomadaires au Centre correctionnel de Headingley, au Centre de détention provisoire de Winnipeg et au Centre pour la jeunesse du Manitoba, où ils apportent leur soutien aux jeunes. Ils rencontrent le personnel des établissements ainsi que des représentants de la justice afin d’élaborer des plans destinés à soutenir les jeunes en transition, qui retournent dans la collectivité après avoir été incarcérés. Le projet O.A.S.I.S. comprend les activités suivantes :
Services intégrés
Les jeunes, les membres de leur famille, le personnel des services correctionnels et le personnel du projet participent tous au processus consistant à réaliser des évaluations en profondeur de chaque participant et à élaborer un plan d’intervention axé sur les solutions qui comprend notamment des recommandations auprès d’organismes d’aide. Les besoins particuliers qu’ont les jeunes réfugiés nouvellement arrivés ont nécessité la création d’un réseau de ressources et de fournisseurs de services adaptés à leur culture. Les services offerts dans le cadre de ces plans sont, par exemple, la participation à des groupes d’intervention utilisant la thérapie cognitivo-comportementale pour encourager l’abandon de conduites, d’attitudes et de comportements négatifs, des programmes destinés à traiter la dépendance à l’alcool et à la drogue, des services spécialisés dans le comportement sexualisé des jeunes et des enfants, des services de santé, des services d’hébergement et des ressources axées sur l’éducation, l’emploi, la culture et les loisirs.
Des plans adaptés à chaque famille sont également élaborés en vue de renforcer les facteurs de protection déjà présents et de réduire les répercussions des facteurs de risque. Il peut s’agir de counseling familial, de soutien ou de l’aiguillage de certains membres de la famille vers des services qui, de façon globale, leur permettront d’améliorer leur situation économique, d’augmenter leur niveau de scolarité et de renforcer leurs compétences.
Traitement visant les traumatismes et le deuil
Les traumatismes et les deuils liés à la guerre ont des répercussions profondes sur le bien-être physique et émotionnel des personnes. Ce facteur constitue un élément unique et prépondérant qui peut amener les jeunes réfugiés nouvellement arrivés à prendre part à des activités de gangs. Le projet O.A.S.I.S. offre des services de ressourcement et de traitement adaptés à la culture, qui allient les pratiques efficaces en travail social, en psychiatrie, en musicothérapie, en thérapie familiale et en santé mentale. La connaissance des familles et l’expérience acquise auprès d’elles ainsi que dans leur collectivité d’origine sont également des atouts importants pour bien comprendre les difficultés auxquelles les jeunes sont confrontés. Il faut du temps pour que les traitements visant les traumatismes et les deuils réussissent, et cette réussite est essentielle à l’amélioration de la santé mentale et du bien-être des jeunes. Les traitements permettent aux jeunes d’acquérir de plus grandes capacités à résoudre les problèmes et à faire des choix de vie sains et positifs.
Ressources en matière d’emploi
L’expérience professionnelle et les possibilités de formation sont des éléments essentiels du plan de chaque participant. Les ressources offertes comprennent notamment une recommandation pour participer au programme Training Resources for Youth de New Directions for Children, Youth, Adults and Families ainsi que pour bénéficier d’autres services permettant d’acquérir une expérience professionnelle dans la collectivité, le recrutement d’employeurs sélectionnés qui offrent la possibilité de découvrir divers types d’emploi, la sensibilisation des jeunes aux attentes des employeurs ainsi qu’une formation sur les techniques d’entrevue, la rédaction du curriculum vitæ et les règles de savoir-vivre en milieu de travail. Au besoin, les participants bénéficient d’un encadrement au milieu de travail.
Services de loisirs
Les participants prennent part à diverses activités récréatives, culturelles et religieuses de nature prosociale. Les jeunes obtiennent de l’aide pour s’inscrire à des programmes existants et sont également à l’origine de nouvelles activités dans la collectivité, comme la création d’un groupe de percussions africaines, d’une équipe de soccer et d’un groupe d’entraînement pour le relais marathon.

Modèle d’évaluation
Un évaluateur tiers effectue l’évaluation complète du projet. L’objectif de l’évaluation consiste à recueillir des données exhaustives sur la mise en œuvre et les répercussions du projet O.A.S.I.S. afin de déterminer quelles sont les composantes du projet qui sont les plus efficaces pour prévenir ou réduire la participation des jeunes aux activités de gangs.
Diverses techniques de cueillette et d’analyse de données sont utilisées, aussi bien quantitatives (enquêtes sur l’évaluation des risques, analyses financières) que qualitatives (entrevues, observations des programmes sur le terrain, vérifications des dossiers des clients). Les jeunes participants et leur famille ainsi que les intervenants communautaires seront interrogés avant, pendant et après les activités du programme afin de mesurer les changements au fil du temps. Une évaluation avant, pendant et après les activités du programme, ainsi qu’un suivi, permettront également de mesurer les changements dans le temps. Un groupe témoin non randomisé servira aussi à interpréter les résultats du projet.

Résultats préliminaires
À l’heure actuelle, 24 jeunes hommes participent au projet O.A.S.I.S., dont certains sont incarcérés. Le personnel du projet O.A.S.I.S. fait un travail de suivi intensif auprès des familles, incluant : visites à domicile, accessibilité aux services d’emploi, de banques alimentaires et de services d’interprètes.
Le projet O.A.S.I.S. soutient également les jeunes sur le plan de l’enseignement et de l’emploi. Trois jeunes suivent actuellement un cours de formation générale pour apprendre à lire et à écrire et acquérir des compétences en mathématiques, et deux autres ont obtenu un emploi. Plus de 30 employeurs-ressources ont pu être rassemblés au sein d’un réseau d’employeurs.
Des ponts ont été établis avec d’autres organismes et services communautaires pour aider les jeunes et leur famille, plus particulièrement en vue de proposer des techniques de maîtrise de la colère, des loisirs et des évaluations psychologiques aux jeunes.
Au cours des trois derniers mois, certains jeunes participant au programme ont réussi leur transition après leur période de probation et n’ont pas commis de nouvelles infractions. Toutefois, il faut davantage de temps pour examiner en détail le lien entre le taux de récidive et la participation au programme[6].

Observations relatives à la mise en œuvre
Parents et familles
Il est très difficile d’établir un contact avec les parents des jeunes et de les convaincre de participer au programme. Ils sont aux prises avec leurs propres traumatismes et deuils, auxquels s’ajoute le stress de s’établir dans un nouveau pays et de le comprendre. Bien des jeunes sont élevés par des mères monoparentales, et certaines d’entre elles n’ont pas le temps de participer au programme ou ne disposent pas des ressources nécessaires à cette fin. D’autres mères ne souhaitent tout simplement pas participer au programme. Le personnel du projet O.A.S.I.S. continue à sensibiliser les familles et à explorer de nouvelles manières de stimuler leur participation. Actuellement, les membres du personnel du projet consacrent beaucoup de temps à cinq familles. Ils accompagnent les parents lorsque ces derniers rendent visite à leur fils incarcéré et qu’ils assistent à des audiences au tribunal. De plus, les membres du personnel fournissent des informations et des ressources pour aider les familles à comprendre le système canadien de justice pénale. En outre, ils travaillent de concert avec les parents pour élaborer des stratégies que les jeunes pourront utiliser à leur retour dans la collectivité afin de respecter les conditions de leur mise en liberté. Une fois que l’on a réussi à convaincre les parents de participer et d’obtenir de l’aide, ces derniers disent être reconnaissants de ce que les intervenants ont fait pour eux.
Questions culturelles
Certains jeunes éprouvent de la méfiance à l’égard de la médecine occidentale et hésitent à accepter un traitement. Cela complique les tâches du personnel du projet pour ce qui est de la mise en œuvre complète des programmes et des traitements destinés aux jeunes. Le fait de faire participer des aînés au projet donne des occasions aux jeunes de découvrir d’autres méthodes de traitement non occidentales et d’en faire l’expérience. Les familles se sentent également à l’aise de faire participer des aînés au processus.
Problèmes de comportement
Compte tenu du vécu de ces jeunes, l’ampleur et la gravité de leurs problèmes psychologiques et émotionnels n’ont rien d’étonnant. Beaucoup d’entre eux ont de la difficulté à maîtriser leur colère et connaissent des sautes d’humeur, passant d’une attitude calme à une attitude agressive. Ces comportements constituent des symptômes de traumatisme, et il faut que ces jeunes se rétablissent avant de progresser, sans quoi ils retourneront dans la rue sans avoir les compétences pour comprendre leurs attitudes et comportements. L’établissement d’un réseau d’aide solide consacré à ce travail de guérison – qui comprend des évaluations psychologiques et des consultations dans les cas de deuil – s’est révélé essentiel au bon fonctionnement du programme.
Programmes d’encouragement
Chez les jeunes, l’absence de ressources pour subvenir à leurs besoins essentiels et pour se nourrir compte souvent au nombre des motifs pour lesquels ils se livrent à des activités criminelles. Les mesures incitatives, comme les allocations, sont très importantes pour stabiliser la vie des jeunes et inciter ces derniers à participer au programme. Les cartes‑cadeaux ne se sont pas avérées aussi utiles, car les participants ne veulent pas les utiliser ou ne peuvent pas les utiliser facilement. Les incitatifs en argent comptant sont parfois difficiles à justifier, et les politiques à respecter à ce sujet doivent être claires et cohérentes pour assurer la réussite de cette mesure.
Engagement des participants
Il est toujours difficile d’amener les jeunes à participer au projet de façon régulière. Parfois, les jeunes sont présents, mais ils ne sont pas prêts à participer aux activités ou ne sont pas en mesure de le faire. Il est important d’évaluer leur situation et de connaître les difficultés auxquelles ils font face pour trouver ce qui leur convient le mieux. Il faut toujours faire preuve de souplesse et d’ingéniosité. Une participation continue en classe, ainsi qu’aux programmes individuels et de groupe, indique que les jeunes sont attachés au projet. Les membres du personnel du projet savent qu’il est essentiel de garder le contact avec les jeunes en tout temps, aussi bien lorsqu’ils vivent de belles expériences que lorsqu’ils en vivent de mauvaises, afin d’établir des rapports qui mèneront au changement.
Pour en savoir plus sur ce projet, veuillez communiquer avec :
Gestionnaire
New Directions for Children, Youth, Adults and Families
400-491, avenue Portage
Winnipeg (Manitoba) R3B 2E4
Tél. : 204-786-7051
Sécurité publique Canada
Centre national de prévention du crime
Région des Prairies
700-310, avenue Broadway
Winnipeg (Manitoba) R3C 0S9
Tél. : 204-984-5861
Sans frais : 1-800-830-3118
Si vous voulez vous inscrire pour recevoir de l’information sur la prévention du crime, veuillez consulter la page Web suivante : www.publicsafety.gc.ca/prg/cp/ml/index-fra.aspx.

[1] Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec le promoteur du projet.
[2] Ibid.
[3] La Stratégie de réduction des activités de gangs parmi les jeunes du Manitoba est une approche en trois volets qui combine des efforts axés sur la prévention, l’intervention et la répression. Elle comprend à la fois des interventions directes, des efforts complémentaires et des partenariats avec des organismes d’application de la loi et des organismes communautaires.
[4] Pour de plus amples renseignements, veuillez consulter la page Web suivante : http://www.publicsafety.gc.ca/res/cp/res/2008-pcpp-fra.aspx.
[5] Ibid.
[6] Pour obtenir plus d’information au sujet des résultats préliminaires, veuillez communiquer avec le promoteur du projet.
