L'échelle d'évaluation des besoins des délinquants sexuels (SONAR): Une méthode permettant de mesurer le changement de niveau de risque 2000-1
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par
R. Karl Hanson et
Andrew Harris
Recherche correctionnelle
Ministère du Solliciteur général du Canada
Les méthodes d'évaluation du risque figurant
dans le présent rapport, y compris SONAR, ont été élaborées par les
auteurs dans le cadre de leurs fonctions. Quiconque utilise ou
adopte les méthodes d'évaluation du risque, y compris SONAR, le fait
s'il juge qu'elles s'appliquent à ses objectifs précis. Le ministère
du Solliciteur général Canada, ses employés, ses agents et ses
fonctionnaires, ainsi que les auteurs n'assument aucune
responsabilité, légale ou autre, à l'égard des préjudices et des
dommages découlant de l'utilisation des méthodes d'évaluation du
risque et de SONAR.
Les opinions exprimées n'engagent que les
auteurs et ne sont pas nécessairement celles du ministère du
Solliciteur général du Canada. Ce document est disponible en
anglais. This report is available in English under the title: The Sex Offender Need Assessment Rating (SONAR): A Method for Measuring Change in Risk Levels 2000-1.
Veuillez adresser la correspondance
concernant cette étude à R. Karl Hanson, Ph.D., Recherche
correctionnelle, ministère du Solliciteur général du Canada, 340,
avenue Laurier Ouest, Ottawa (Ontario) Canada K1A 0P8. Courriel:
kansonk@sgc.gc.ca.
Travaux publics et Services gouvernementaux
Canada
No de cat. :
J42-88/1999F
ISBN : 0-662-84223-5
Sommaire
À l'heure actuelle, il n'y a pas d'échelle
établie qui pourrait servir à évaluer le changement de risque parmi
les délinquants sexuels. Or, l'Échelle d'évaluation des besoins des
délinquants sexuels (SONAR) a été conçue pour pallier cette lacune.
L'échelle SONAR comprend cinq facteurs relativement stables
(problèmes sur le plan de l'intimité, influences sociales négatives,
attitudes tolérantes à l'égard des infractions sexuelles, maîtrise
de soi sur le plan sexuel et maîtrise de soi en général) et quatre
facteurs aigus (toxicomanie, humeur négative, colère et accès aux
victimes). Les propriétés psychométriques de l'échelle ont été
examinées à l'aide de données recueillies antérieurement par Hanson
et Harris (1998, sous presse). Globalement, l'échelle a démontré une
uniformité interne satisfaisante et une certaine capacité à
différencier entre les récidivistes et les non-récidivistes (r =
0,43; zone ROC 0,74). L'échelle SONAR continuait de distinguer entre
les deux groupes même après une neutralisation des indicateurs de
risque bien établis, comme l'âge, le QI, et les résultats obtenus à
l'aide de l'échelle Statique-99 (Hanson et Thornton, 1999) et du
Guide d'évaluation du risque de violence (VRAG; Quinsey et coll.,
1998).
L'échelle d'évaluation des besoins des délinquants sexuels (SONAR): Une méthode
permettant de mesurer le changement de niveau de risque
L'évaluation du risque de récidive est
importante pour la gestion des délinquants sexuels et, ces dernières
années, des progrès considérables ont été réalisés à ce chapitre. Un
certain nombre de caractéristiques chez les délinquants, comme la
déviance sexuelle et le mode de vie criminel, ont été liées avec
fiabilité au risque de récidive (Hanson et Bussière, 1998), et
plusieurs échelles de risque spécialisées ont été mises au point
(Quinsey, Harris, Rice et Cormier, 1998; Epperson, Kaul et
Hesselton, 1998; Hanson, 1997a; Hanson et Thornton, 1999, sous
presse). Les échelles existantes sont certes utiles pour évaluer le
potentiel de risque à long terme, mais elles mesurent mal le
changement. La plupart des éléments prévus par les échelles
existantes sont statiques ou historiques. Ainsi, ces échelles ne
sont guère utiles pour bien des décisions concernant le risque,
notamment lorsqu'il s'agit de déterminer si le délinquant a subi
avec succès un traitement ou s'il y a lieu de suspendre sa liberté
sous condition.
Pour évaluer le changement, il faut des
variables capables de changement, c'est-à-dire des variables
dynamiques (Bonta, 1996). Bien que l'âge soit parfois considéré
comme un facteur dynamique, les variables dynamiques les plus utiles
sont celles qui se prêtent à une intervention volontaire. Les
variables dynamiques peuvent de plus être subdivisées en facteurs de
risque stables, qui peuvent normalement demeurer présents pendant
des mois (p. ex., les troubles de personnalité ou l'alcoolisme), et
en facteurs de risque aigus, qui peuvent durer pendant des jours ou
seulement quelques minutes (p. ex., une intoxication ou une vive
colère).
Étant donné le taux de récidive relativement
faible des délinquants sexuels, il est difficile de déceler les
facteurs de risque dynamiques. Sur une période de quatre ou cinq
ans, environ 10 à 15 % des délinquants sexuels seront pris à
commettre une nouvelle infraction sexuelle (Hanson et Bussière,
1998). Il faut s'attendre à ce que seuls des facteurs statiques ou
très stables soient à l'origine d'une récidive perpétrée bien des
années plus tard. Afin de cerner des facteurs de risque
potentiellement dynamiques, Hanson et Harris (1998, sous presse) ont
examiné les facteurs à l'origine de la récidive chez un groupe de
délinquants sexuels dont on savait déjà qu'ils avaient récidivé au
cours de leur période de liberté sous surveillance. Une comparaison
avec les non-récidivistes a permis de cerner un certain nombre de
facteurs de risque dynamiques, comme l'absence de coopération avec
le surveillant, l'accès aux victimes, la colère, des préoccupations
sexuelles et des changements d'humeur aigus.
La présente étude examine dans quelle mesure
les facteurs de risque dynamiques exposés dans l'étude de Hanson et
Harris (1998) peuvent s'insérer dans une évaluation structurée du
risque. La construction de cette nouvelle échelle, l'Échelle
d'évaluation des besoins des délinquants sexuels (SONAR), a été
guidée par la théorie ainsi que par les conclusions de l'étude de
Hanson et Harris (1998). Les auteurs ne peuvent prétendre établir la
validité prédictive de la mesure parce que la même base de données a
été utilisée pour définir des éléments et pour vérifier la validité
de l'échelle. L'étude visait plutôt à dégager une méthode plausible
d'évaluation des facteurs de risque dynamiques, méthode qui est
suffisamment explicite pour être utilisée et évaluée dans d'autres
échantillons.
La conception de l'échelle SONAR a été
guidée par une théorie cognitive sociale (voir, p. ex., Bandura,
1977; Fiske et Taylor, 1991) appliquée au comportement criminel
général (voir, p. ex., Andrews et Bonta, 1998) et aux infractions
sexuelles (Johnson et Ward, 1996; Laws, 1989). Selon ce modèle, les
délinquants sexuels récidivistes auraient des scénarios déviants ou
des façons de penser et d'agir habituelles qui les incitent à
commettre des infractions sexuelles. Lorsque le scénario est bien
répété, déclenché par des circonstances ordinaires, considéré
socialement acceptable dans le milieu du délinquant et qu'il
correspond à sa personnalité et à ses valeurs, le délinquant est
davantage susceptible de le mettre en scène. Le cycle du crime de
chaque délinquant est en quelque sorte unique, mais on s'attend à ce
que certaines caractéristiques favorisent l'élaboration et la mise
en scène de scénarios sexuels déviants.
Les éléments de l'échelle SONAR sont
répartis en cinq facteurs stables (problèmes sur le plan de
l'intimité, influences sociales négatives, attitudes tolérantes à
l'égard des infractions sexuelles, la maîtrise de soi sur le plan
sexuel et maîtrise de soi en général) et en quatre facteurs aigus
(toxicomanie, humeur négative, colère et accès aux victimes). Les
critères de notation sont donnés à l'annexe I. Les motifs à l'appui
de l'inclusion de chacun de ces éléments sont exposés ci-dessous.
Problèmes sur le
plan de l'intimité
L'importance des problèmes des délinquants
sexuels sur le plan de l'intimité a été entérinée par plusieurs
travaux de recherche (Marshall, 1993; Ward, Hudson et McCormack,
1997). Contrairement aux relations de confiance associées à la
sexualité normale, les interactions sociales liées aux infractions
sexuelles sont, par définition, problématiques. Bien souvent, les
délinquants sexuels déclarent retirer peu de satisfaction de leurs
relations intimes (Seidman, Marshall, Hudson et Robertson, 1994),
manquent d'empathie envers les femmes (Hanson, 1997b) et recherchent
des plaisirs sexuels dans des relations dépourvues d'engagement
véritable (Malamuth, 1998). Les délinquants sexuels qui n'ont jamais
été mariés présentent un risque de récidive accru (Hanson et
Bussière, 1998) et ceux qui éprouvent beaucoup de difficulté à
entrer en relation avec une partenaire éventuelle (voir Freund, Seto
et Kuban, 1997) semblent présenter un risque particulièrement élevé.
Frisbie (1969), par exemple, signale que de graves difficultés à
établir des relations satisfaisantes avec des femmes étaient l'un
des prédicteurs les plus importants de la récidive chez les
délinquants sexuels. De plus, Hanson et Bussière (1998) ont constaté
que plus la relation préexistante avec la victime est étroite, plus
le taux de récidive est faible (inceste < connaissances <
inconnus).
Influences
sociales
Chez les délinquants en général, le nombre
de criminels fréquentés est l'un des prédicteurs les plus sûrs de la
récidive (Gendreau, Little et Goggin, 1996). Les chercheurs ont
encore à se pencher sur le lien qui pourrait exister entre les
fréquentations exerçant une influence négative et la récidive
sexuelle. L'existence d'un tel lien est plausible cependant, vu que
les délinquants sexuels ont tendance à avoir des amis et de proches
parents qui sont, eux aussi, des délinquants sexuels (Hanson et
Scott, 1996). Dans le cas des organisations pro-pédophiles (voir, p.
ex., Thorstad, 1991), l'approbation sociale d'activités sexuelles
illégales peut être manifeste. Toutefois, dans la plupart des cas,
les influences sociales risquent d'avoir un impact indirect sur les
activités sexuelles en favorisant de façon générale des attitudes
antisociales, de mauvaises formes de contrôle de soi, la toxicomanie
et des stratégies d'adaptation dysfonctionnelles. Les fréquentations
qui entérinent le déni du délinquant ou qui facilitent l'accès aux
victimes seraient également considérées comme exerçant une mauvaise
influence sociale.
Attitudes
Une attitude de tolérance à l'égard
d'agressions sexuelles serait sans doute également reliée à la
récidive chez les délinquants sexuels. Les échantillons prélevés
dans la collectivité démontrent constamment que les hommes qui
reconnaissent se livrer à des activités sexuelles illégales appuient
également les « mythes du viol » ou des attitudes
favorables à un tel comportement (Dean et Malamuth, 1997; Malamuth,
Sockloskie, Koss et Tanaka, 1991). Les recherches menées à l'aide
d'échantillons de délinquants sexuels reconnus coupables présentent
moins d'uniformité à cet égard, mais elles tendent néanmoins à
démontrer que les attitudes favorables à la déviance sexuelle sont
courantes à la fois chez les pédophiles et chez les violeurs (Bumby,
1996; Hanson, Gizzarelli et Scott, 1994). S'appuyant sur
une moyenne établie à partir de quatre études (n = 439), la
méta-analyse de Hanson et Bussière (1998) a permis de dégager une
faible corrélation positive entre les attitudes favorables à la
déviance sexuelle et la récidive chez les délinquants sexuels,
constatation qui a été reprise d'ailleurs dans des travaux
subséquents (Bakker, Hudson, Wales et Riley, 1999).
Maîtrise de soi sur
le plan sexuel
Un des facteurs de risque les
plus distinctifs chez les délinquants sexuels est un problème
de maîtrise de soi sur le plan sexuel. Les délinquants sexuels se
perçoivent comme ayant de fortes impulsions sexuelles et s'estiment
en droit d'y donner libre cours (Hanson et coll., 1994). La
gratification sexuelle prend une place démesurée dans la recherche
du bonheur. Les délinquants sexuels estiment que l'activité sexuelle
(normale or non) rehausse leur standing (Kanin, 1967) et réduit les
stress de la vie (Cortoni, 1998).
Selon la théorie de la prévention des
rechutes, l'humeur négative ou le stress peut souvent déclencher une
agression sexuelle (Pithers, Beal, Armstong et Petty, 1989). Le
niveau global d'affliction subjective ne semble pas un facteur
important pour la prévision de la récidive (Hanson et Bussière,
1998). Ce qui semble important cependant, ce sont les mécanismes
dont les délinquants se servent pour maîtriser leurs impulsions sur
les plans émotionnel et sexuel. Des recherches ont révélé, par
exemple, que les délinquants sexuels sont plus enclins à se livrer à
des fantasmes sexuels déviants à la suite d'un événement stressant
(McKibben, Proulx et Lusignan, 1994; Proulx, McKibben et Lusignan,
1996). Les délinquants sexuels seraient normalement à haut risque de
récidive si a) différentes circonstances, y compris un affect
négatif, suscitent des fantasmes sexuels et b) s'ils se sentent
lésés ou frustrés s'ils n'arrivent pas à satisfaire rapidement leurs
instincts.
Maîtrise de soi en
général
Outre la difficulté de se maîtriser sur le
plan émotionnel ou sexuel, il se peut que des délinquants aient
aussi des problèmes de maîtrise de soi en général. Les comportements
impulsifs sont si courants chez les délinquants que certains
théoriciens ont fait valoir qu'une « faible maîtrise de
soi » est l'élément essentiel de tout comportement criminel
(Gottfredson et Hirshi, 1990). Les délinquants ont tendance à fumer,
à boire avec excès, à consommer des drogues, à conduire vite, à
abandonner les études et à s'engager dans de multiples relations
sexuelles à court terme commençant en bas âge. Les échelles
utilisées pour prévoir la récidive criminelle, comme l'Échelle de
psychopathie - révisée (PCL-R, Hare et coll., 1990; Hare, 1991) ou
l'Inventaire du niveau de service - révisé (LSI-R, Andrews et Bonta,
1996), renferment habituellement de nombreux éléments reliés à
l'impulsivité et au mode de vie instable. D'ordinaire, les facteurs
liés à la criminalité en général permettent également de prévoir la
récidive sexuelle dans des échantillons de délinquants sexuels
(Hanson et Bussière, 1998).
Les délinquants sexuels ont peut-être moins
de problèmes que d'autres groupes de délinquants pour ce qui est de
l'instabilité liée au mode de vie, mais de mauvaises formes de
contrôle de soi risquent néanmoins de contribuer directement à la
récidive. Certains délinquants commettent impulsivement des
infractions sexuelles s'ils en ont l'occasion (p. ex., une rencontre
avec une victime vulnérable de sexe féminin au cours d'un
cambriolage). Une faible maîtrise de soi peut aussi influer
indirectement sur la récidive chez ceux qui ont des habitudes de
déviance sexuelle bien ancrées. Il faut de la force de caractère
pour se conformer aux exigences du traitement et de la surveillance
dans la collectivité et pour susciter un changement durable à long
terme.
Facteurs de risque
aigus
Outre les facteurs de risque stables exposés
ci-dessus, l'échelle SONAR tient également compte d'un certain
nombre de facteurs aigus. Ces derniers ne sont pas nécessairement
liés au risque de récidive à long terme; ils sont plutôt utiles pour
déterminer quand les délinquants sexuels
sont le plus susceptible de récidiver. Les quatre facteurs de risque
aigus compris dans l'échelle SONAR sont les suivants : a) la
toxicomanie, b) l'humeur négative (dépression, angoisse, etc.), c)
la colère ou l'hostilité et d) les occasions d'accès aux victimes.
Ces quatre éléments ont été choisis parce que, dans la série de
données de Hanson et Harris (1998), ils avaient un lien certain avec
la récidive et qu'ils ne figuraient pas déjà parmi les facteurs de
risque stables compris dans l'échelle SONAR.
Les sous-échelles SONAR ont été créées à
partir des questions individuelles figurant dans la série de données
de Hanson et Harris (1998, sous presse) et qui s'apparentaient le
plus étroitement aux constructs recherchés. Dans certains cas, le
lien entre les indicateurs et le construct avait une grande validité
apparente (p. ex., l'influence négative des fréquentations) alors
que dans d'autres il était moins évident (p. ex., la maîtrise de soi
sur le plan sexuel). Lorsque des indicateurs multiples étaient
disponibles, on s'est efforcé de retenir seulement le nombre minimal
d'éléments nécessaires pour avoir une échelle fiable. L'inclusion de
chacun des éléments a été guidée par des critères de validité
apparente et par les différences observées entre les délinquants
récidivistes et les non-récidivistes.
Méthode
Les données utilisées pour mettre à l'essai
l'échelle SONAR sont les mêmes que celles qui figurent dans l'étude
de Hanson et Harris (1998, sous presse). Comme les processus de
collecte des données ont déjà été décrites ailleurs, seul un bref
aperçu de la méthode de recherche sera présenté. Les lecteurs
intéressés sont priés de consulter les rapports originaux (Hanson et
Harris, 1998, sous presse).
Sélection des
sujets
L'étude a porté sur les délinquants sexuels
non incestueux qui avaient fait l'objet d'une surveillance dans la
collectivité (libération conditionnelle ou probation) de la part des
systèmes correctionnels fédéral ou provinciaux du Canada. Les
délinquants ont été répartis comme suit : 208 avaient commis
une nouvelle infraction sexuelle pendant leur période de
surveillance et 201 n'avaient pas récidivé en commettant une
infraction sexuelle ou un crime de violence grave. Puis, ils ont de
nouveau été divisés en nombres à peu près égaux d'agresseurs de
garçons (n = 122), d'agresseurs de filles (n = 150) et de violeurs
(n = 137). Pour chaque catégorie de délinquants, une correspondance
a été établie entre les récidivistes et les non-récidivistes selon
leurs antécédents criminels, la victime de l'infraction répertoriée
et l'autorité compétente. En moyenne, les non-récidivistes avaient
été dans la collectivité pendant 24 mois alors que la plupart
des récidivistes avaient commis une nouvelle infraction dans les 15
mois suivant leur mise en liberté.
Variables tirées de l'examen des dossiers
Un manuel de codage standardisé a été
utilisé pour consigner les renseignements sur chaque cas fournis par
l'examen détaillé des dossiers ainsi que des casiers judiciaires
nationaux obtenus de la Gendarmerie royale du Canada. Cela
comprenait les renseignements signalétiques de base, des facteurs
démographiques, des évaluations psychologiques (p. ex.,
intelligence, troubles mentaux), des renseignements détaillés sur
les infractions sexuelles commises, ainsi qu'un certain nombre
d'autres variables liées au risque de récidive.
Guide d'évaluation
du risque de violence (VRAG). (Violence Risk Appraisal Guide)
(Quinsey et coll., 1998)
D'abord conçu pour prévoir la récidive
violente, sexuelle ou non sexuelle, chez les délinquants placés dans
un établissement psychiatrique à sécurité maximale (Harris, Rice et
Quinsey, 1993), le VRAG a suscité un vif intérêt en tant que
prédicteur actuariel de la violence (Borum, 1996). Parmi les 12
éléments visés par le VRAG, citons la psychopathie, selon l'Échelle
de psychopathie - révisée (Hare, 1991), d'autres troubles de la
personnalité, l'inadaptation précoce au milieu scolaire, l'âge,
l'état civil, les antécédents criminels, la schizophrénie et les
blessures infligées aux victimes. L'application du VRAG à un
échantillon de répétition composé de 159 délinquants sexuels (Rice
et Harris, 1997) a permis de constater une corrélation de 0,47 avec
la récidive violente (violence sexuelle et non sexuelle). Comme
certains dossiers étaient incomplets, les cotes du VRAG n'étaient
disponibles que pour 146 récidivistes et 121 non-récidivistes.
La Statique-99 (Hanson et Thornton, 1999, sous presse)
La Statique-99 a été conçue pour prévoir la
récidive sexuelle à l'aide d'un nombre restreint d'éléments faciles
à coter. Les éléments de cette formule ont été tirés de l'échelle de
Hanson (1997a), soit l'Évaluation rapide du risque de récidive
sexuelle (ERRS; infractions sexuelles antérieures, victimes de sexe
masculin, victimes sans lien de parenté avec le délinquant,
délinquant de moins de 25 ans) et du Jugement clinique ancré et
structuré de Thornton (SACJ; violence non sexuelle liée à
l'infraction répertoriée, violence non sexuelle antérieurement, au
moins 4 dates de prononcé de sentence, célibataire, victimes
qui étaient des inconnus, infractions sexuelles sans attouchements -
voir Grubin, 1998). À partir d'un échantillon combiné de
1 208 délinquants sexuels provenant de quatre milieux
différents, la Statique-99 a révélé une corrélation de 0,33 avec la
récidive sexuelle et de 0,32 avec la récidive violente (Hanson et
Thornton, 1999).
Variables tirées des
entrevues
La plupart des renseignements utilisés pour
créer l'échelle SONAR ont été tirés d'entrevues structurées, d'une
durée d'une heure, avec les agents chargés de la surveillance. Ces
derniers ont indiqué si certains points avaient été une source de
préoccupation pendant la surveillance et, dans l'affirmative, si le
problème était pire à la période T1 ou T2. Pour les récidivistes, T2
était le mois précédant la récidive et T1, une période de contrôle
de six mois auparavant. Pour les non-récidivistes, T2 était tout
simplement le mois de surveillance précédent. Pour chaque période
(n'importe quand, T1 et T2), les agents ont coté les facteurs de
risque de la façon suivante : « 0 - non, cela n'a jamais
posé de problème », « 1 - problème ou préoccupation
possible ou très léger », ou « 2 - oui, cela a posé un
problème ».
L'entrevue comprenait 128 éléments
répartis en 22 catégories. Parmi les sujets abordés,
mentionnons la toxicomanie, l'humeur, les symptômes psychiatriques,
les attitudes de tolérance envers les agressions sexuelles, le mode
de vie instable, les préoccupations sexuelles et la coopération avec
l'agent chargé de la surveillance. La liste complète des facteurs se
trouve dans l'étude de Hanson et Harris (1998). Le sous-ensemble des
éléments utilisés dans la construction de SONAR figure à
l'annexe I.
Procédure
Les données ont été recueillies par quatre
chercheurs sur le terrain dont le travail était supervisé par le
gestionnaire du projet (Andrew Harris). Chaque chercheur a bénéficié
d'une formation en groupe, d'une durée d'une semaine, d'une
surveillance sur place durant la première semaine des travaux sur le
terrain et d'une surveillance supplémentaire d'une ou deux semaines
au cours de la collecte des données.
Les entrevues ont été menées dans le lieu de
travail habituel de l'agent pendant les heures ouvrables.
Les chercheurs sur le terrain ont codé la
documentation des dossiers avant ou après l'entrevue, selon la
disponibilité de l'agent. Le codage des dossiers tenait compte de
tous les renseignements disponibles et demandait généralement de
trois à cinq heures. Le chercheur qui codait le dossier effectuait
aussi les entrevues correspondantes.
Fiabilité
Environ 10 % des cas (43) ont été codés
séparément par deux évaluateurs pour juger de la fiabilité des
résultats. Le degré de fiabilité entre les évaluateurs était élevé
pour tous ceux qui ont participé à l'étude. La concordance moyenne
était de 95 % pour le codage statique des dossiers, de
97 % pour la cotation des entrevues et de 94 % pour le
codage des notes sur les cas.
Résultats
Comme l'indique le tableau 1, la
procédure d'échantillonnage a apparié avec succès les récidivistes
et les non-récidivistes en fonction d'un certain nombre de variables
statiques, y compris l'état civil, la race, le type de victime
répertorié et le nombre d'infractions sexuelles antérieures.
Néanmoins, des différences subsistaient sur le plan des variables
statiques. Les récidivistes étaient plus susceptibles de s'en
prendre à divers types de victimes, de s'adonner à des paraphilies,
d'avoir déjà commis des infractions non sexuelles, d'avoir un QI
moins élevé et de correspondre à la définition de psychopathie selon
l'échelle PCL-R (20 % contre 8 %).
Tableau 1
Comparaison entre
les récidivistes et les non-récidivistes en fonction de variables
statiques et historiques.
| Mesure |
Récidivistes |
Non-récidivistes |
Sig |
| Taille de l'échantillon |
208 |
201 |
|
Âge au moment de
l'exposition au risque |
36,3 (11,2) |
39,1 (11,6) |
<0,05 |
| Ayant déjà été marié (%) |
59,2 |
62,8 |
ns |
| Race minoritaire (%) |
14,0 |
11,5 |
ns |
Type prédominant de victime (n)
Femmes (violeurs)
Garçons
Filles |
71
61
76 |
66
61
74 |
|
| Divers types de victimes (%) |
53,8 |
33,3 |
<0,001 |
Nombre de paraphilies
(voyeurisme, exhibitionnisme, Fétichisme, etc.) |
1,5 (1,5) |
1,0 (1,1) |
<0,001 |
Condamnations antérieures
pour toute infraction sexuelle
pour toute infraction |
1,3 (1,8)
5,3 (5,3) |
1,1 (1,4)
4,1 (5,8) |
ns
<0,05 |
| QI |
94,4 (14,6) |
100,1 (14,5) |
<0,001 |
PCL-R Psychopathie
Moyenne (ET)
% > 29 |
23,4 (6,8)
20,5
10,9 (8,6) |
16,7 (8,7)
8,0
4,3 (9,0) |
<0,001
<0,001 |
VRAG
taille de l'échantillon |
146 |
121 |
|
| ERRRS |
2,6 (1,3) |
2,3 (1,3) |
ns |
| Statique-99 |
4,8 (1,8) |
3,4 (1,9) |
<0,01 |
Note :
Écart-type entre parenthèses
Les récidivistes présentaient en outre un
risque plus élevé d'après les échelles de risque établies : le
Guide d'évaluation du risque de violence (VRAG) (r = 0,35, p <
0,001); et la Statique-99 (r = 0,15, p < 0,01). Les deux groupes
ne présentaient pas de différences d'après l'ERRRS, les cas ayant
été volontairement appariés en fonction des principales variables de
cette échelle.
L'ensemble des éléments de SONAR a donné une
corrélation moyenne (alpha = 0,67). Dans l'échantillon total, les
cotes SONAR variaient de -3 à 14, la moyenne étant de 6,7 (ET =
3,1). Les récidivistes ont obtenu des cotes plus élevées que les
non-récidivistes pour ce qui est du score global et de chacune des
sous-échelles (voir le tableau 2). La cote SONAR moyenne pour
les récidivistes était de 8,0 (ET = 2,4, écart de 1 à 14)
comparativement à 5,4 pour les non-récidivistes (ET = 3,1, écart de
-3 à 12). La capacité de l'échelle à établir des distinctions entre
les deux groupes était modérément élevée (r = 0,43; zone ROC 0,74).
Comme l'indique le tableau 3, les cotes
SONAR ont révélé une corrélation avec l'âge (r = -0,15, p <
0,01), l'intelligence (r = -0.15, p < 0,01) et les résultats de
la Statique-99 (r = 0,14, p < 0,01). Elles ont en outre
indiqué une corrélation substantielle avec le VRAG (r = 0,39, p
< 0,001), ce qui laisse entendre que les éléments SONAR révèlent
au moins partiellement une constante propension au comportement
violent. À l'appui de cette interprétation, signalons que les
éléments SONAR qui révélaient la plus forte corrélation avec le VRAG
étaient les facteurs stables, surtout la maîtrise de soi en général
(r = 0,40, p < 0,001).
La série suivante d'analyses visait à
déterminer dans quelle mesure les cotes SONAR continuaient d'établir
des distinctions entre les deux groupes après la neutralisation des
facteurs de risque préexistants. Ces analyses ont été menées au
moyen d'une régression logistique (voir Neter, Kutner, Nachtsheim et
Wasserman, 1996) puisque la variable résultats était dichotomique
(récidivistes et non-récidivistes) et que les coefficients de
régression logistique demeurent constants suivant diverses
répartitions des variables indépendantes (c'est-à-dire les cotes de
risque) ou dépendantes (c'est-à-dire les taux de récidive de base).
Lorsqu'elle est mise en régression
logistique seule, l'échelle SONAR a un coefficient de régression de
0,35 (ET = 0,043, critère maximin = 64,31, p < 0,001). L'exposant
du coefficient, e(B), est un rapport
relatif. Dans ce cas, B équivaut à 0,35, e est la constante 2,718,
ce qui donne un risque relatif de (2,718)(0,35) = 1,42. Compte tenu des taux de
base peu élevés, le rapport relatif peut être interprété comme un
rapport de fréquence (le taux de récidive du groupe le plus déviant
divisé par le taux de récidive du groupe le moins déviant). Pour
chaque augmentation d'un point dans les cotes SONAR, le taux de
récidive devrait normalement augmenter de 42 %. Si, par
exemple, les délinquants ayant une cote SONAR de « 7 » ont
un taux de récidive de 20 %, les délinquants qui obtiennent une
cote de « 8 » devraient normalement récidiver au rythme de
28,4 % (20 % x 1,42 = 28,4 %).
Tableau 2
Comparaison entre
les récidivistes et les non-récidivistes en fonction des éléments
SONAR.
| Mesure |
Récidivistes |
Non-récidivistes |
r |
| SONAR - cote globale |
8,0 (2,4) |
5,4 (3,1) |
0,43*** |
| Éléments stables - total |
7,6 (1,9) |
5,7 (2,5) |
0,40*** |
| Problèmes sur le plan de l'intimité |
1,7 (0,6) |
1,5 (0,7) |
0,10* |
| Influences sociales négatives |
1,2 (0,8) |
0,7 (0,8) |
0,30*** |
| Attitudes |
1,7 (0,7) |
1,2 (0,9) |
0,31*** |
| Maîtrise de soi sur le plan sexuel |
1,7 (0,5) |
1,3 (0,7) |
0,31*** |
| Maîtrise de soi en général |
1,7 (0,5) |
1,2 (0,6) |
0,41*** |
| Éléments aigus - total |
0,39 (1,4) |
-0,38 (1,5) |
0,26*** |
| Toxicomanie |
0,06 (0,43) |
-0,11 (0,48) |
0,19*** |
| Humeur négative |
0,05 (0,69) |
-0,09 (0,81) |
0,10* |
| Colère/hostilité |
0,10 (0,45) |
-0,10 (0,52) |
0,20*** |
| Accès aux victimes |
0,18 (0,55) |
-0,08 (0,54) |
0,23*** |
Lorsque les
variables d'âge, de QI, de la Statique-99 et du VRAG ont été
examinées dans le sous-échantillon pour lequel des renseignements
complets étaient disponibles (n = 228), le coefficient de
régression pour SONAR était de 0,32 (ET = 0,061, critère maximin =
27,19, p < 0,001). Cela peut vouloir dire que, même une fois que
certains indicateurs de risque statiques bien établis étaient
neutralisés, chaque augmentation dans les cotes SONAR correspond à
une augmentation prévue du taux de récidive de 38 % (e(0,32) = 1,38; un intervalle de confiance
de 95 %, soit de 1,22 à 1,55). Les seules autres variables qui
sont demeurées significatives dans l'équation prévisionnelle étaient
le VRAG (B = 0,055; critère maximin =
6,49, p < 0,05) et le QI (B = -0,027, critère
maximin = 5,22, p < 0,05).
La figure 1 illustre dans quelle mesure
la formule VRAG et l'échelle SONAR ensemble permettent d'établir une
distinction entre les récidivistes et les non-récidivistes. Chez les
délinquants ayant des cotes VRAG peu élevées (-1 ou moins) et se
situant en deçà de la moyenne des cotes SONAR (moins de 7),
seulement 14 % étaient des récidivistes (5 sur 35). Chez
les délinquants dont la cote VRAG était faible, mais qui se
situaient au-dessus de la moyenne dans l'échelle SONAR, 57 %
(12 sur 21) étaient des récidivistes. De même, la proportion de
récidivistes parmi les délinquants ayant une cote VRAG élevée (14 +)
dépendait de leur position sur l'échelle SONAR, à savoir s'ils se
situaient au-dessous de la moyenne (43 %, 9 sur 21) ou
au-dessus (86 %, 47 sur 55).
Tableau 3
Corrélation des éléments SONAR avec l'âge, le QI et le risque de récidive.
| |
Âge au moment de la mise en liberté |
QI |
Statique-99 |
VRAG |
| Taille de l'échantillon |
409 |
316 |
409 |
267 |
| SONAR - total |
-0,15** |
-0,15* |
0,14** |
0,39*** |
| Éléments stables - total |
-0,12* |
-0,13* |
0,16** |
0,42*** |
| Problèmes sur le plan de l'intimité |
-0,05 |
-0,14* |
0,07 |
0,13* |
| Influences sociales négatives |
-0,14** |
-0,16** |
0,04 |
0,33*** |
| Attitudes |
-0,08 |
-0,05 |
0,15** |
0,36*** |
| Maîtrise de soi sur le plan sexuel |
-0,03 |
-0,02 |
0,13** |
0,30*** |
| Maîtrise de soi en général |
-0,10* |
-0,09 |
0,17** |
0,40*** |
| Éléments aigus - total |
-0,10* |
-0,11 |
0,05 |
0,14* |
| Toxicomanie |
-0,11* |
-0,07 |
0,09 |
0,07 |
| Humeur négative |
-0,03 |
-0,08 |
-0,02 |
0,03 |
| Colère/hostilité |
-0,09 |
-0,10 |
0,01 |
0,05 |
| Accès aux victimes |
-0,06 |
-0,02 |
0,07 |
0,23*** |
* p < 0,05; ** p < 0,01; *** p <
0,001
Discussion
L'étude avait pour objet de présenter une
échelle de risque qui puisse servir à évaluer le changement de
risque survenu chez des délinquants sexuels. L'échelle comprenait à
la fois des facteurs stables (problèmes sur le plan de l'intimité,
influences sociales, attitudes, maîtrise de soi sur le plan sexuel
et maîtrise de soi en général) et des facteurs aigus (toxicomanie,
humeur, colère et accès aux victimes). Les propriétés de l'échelle
ont été examinées à l'aide de données recueillies antérieurement
dans l'étude de Hanson et Harris (1998, sous presse). Globalement,
l'échelle a démontré une uniformité interne satisfaisante et une
capacité moyenne de différencier entre les récidivistes et les
non-récidivistes (r = 0,43; zone ROC 0,74). Tous les éléments de
SONAR ont permis d'établir une distinction entre les groupes, la
plus marquée étant au niveau des problèmes de maîtrise de soi en
général. L'échelle SONAR a continué de révéler des différences entre
les groupes une fois que les indicateurs de risque bien établis ont
été neutralisés, par exemple, l'âge, le QI et les résultats de
l'échelle Statique-99 (Hanson et Thornton, 1999) et du Guide
d'évaluation du risque de violence (VRAG; Quinsey et coll., 1998).
Le lien relativement étroit avec les
problèmes de maîtrise de soi en général concorde avec les résultats
de l'étude de Quinsey, Coleman, Jones et Altrows (1997) selon
laquelle une « antisociabilité dynamique » permet de
prévoir la récidive chez des délinquants souffrant de troubles
mentaux surveillés dans la collectivité. Chez tous les types de
délinquants, il se peut qu'une faible maîtrise de soi joue un rôle
de premier plan dans les manquements aux conditions de la mise en
liberté sous condition. En fait, la violation des conditions de la
mise en liberté sous condition fait couramment partie des mesures du
risque de récidive, comme la formule LSI-R (Andrews et Bonta, 1995)
et l'échelle PCL-R (Hare, 1991). Il se peut en outre que
l'importance relative des problèmes de maîtrise de soi en général
dans la présente étude soit en outre attribuable à la facilité avec
laquelle ce comportement a été observé par les agents chargés de la
surveillance dans la collectivité. Les agents en savent peut-être
très peu au sujet des relations intimes des délinquants, mais ils
ont eu amplement l'occasion d'observer le comportement de ces
derniers sous surveillance.
Bien que l'exactitude prédictive de SONAR
soit respectable, les résultats doivent être interprétés avec
prudence. On ignore dans quelle mesure les résultats pourront être
généralisés, car la même série de données a été utilisée pour
concevoir et mettre les éléments à l'essai. Une réserve plus grave
cependant est que la plupart des renseignements ont été tirés
d'entrevues avec des agents chargés de la surveillance dans la
collectivité qui savaient pertinemment quels délinquants avaient
récidivé ou non. Par conséquent, les constatations étaient plus
sujettes à la subjectivité des évocations rétrospectives. Des faits
anodins peuvent acquérir une toute nouvelle signification une fois
que la récidive est connue. Il est peu probable cependant que les
résultats puissent être attribués entièrement à la subjectivité des
évocations, car les principaux facteurs de risque (p. ex., la
colère ou les préoccupations sexuelles) étaient également consignés
dans les notes sur les cas rédigées avant même que la récidive ne
soit connue (voir l'étude de Hanson et Harris, sous presse). Les
notes disponibles ne fournissaient pas suffisamment de précisions
pour attribuer une cote aux éléments SONAR, de sorte qu'il a fallu
se fier aux notes d'entrevue.
Tous les éléments SONAR devaient être des
facteurs dynamiques, mais il est possible qu'ils correspondent
plutôt à des propensions enracinées. L'échelle SONAR a révélé une
corrélation considérable avec des mesures de risque statiques, comme
le VRAG, et les éléments stables contenus dans l'échelle ont produit
la plus grande partie de l'exactitude prédictive. Néanmoins, les
changements signalés dans les facteurs de risque aigus se sont
traduits par des changements du risque de récidive même après la
neutralisation des facteurs de risque statiques et stables les plus
marqués qui se trouvaient dans la série de données (voir Hanson et
Harris, 1998). La mesure dans laquelle un changement dans les cotes
SONAR indique un changement du risque de récidive sera connue
seulement à la suite d'évaluations répétées dans le cadre d'études
véritablement prospectives.
Les résultats laissent entendre que les
facteurs dynamiques sont importants dans l'évaluation du risque,
mais la présente étude n'établit aucun lien direct entre les cotes
SONAR et les taux de récidive à prévoir. La proportion de
récidivistes constatée dans chaque catégorie de risque ne correspond
manifestement pas aux taux de récidive puisque l'étude a utilisé un
taux de base artificiel de 50 %. Dans la plupart des milieux,
il faudrait prévoir un taux de récidive sexuelle considérablement
plus faible - environ 5 % par année (voir Hanson et Thornton,
1999). Même les pourcentages annuels les plus élevés dépassent
rarement 15 ou 20 % (les délinquants à risque élevé au cours de
la première année suivant leur mise en liberté).
Les lecteurs avides de statistiques seront
peut-être tentés de rajuster les résultats de la présente étude aux
taux de base de récidive qui conviennent au contexte d'évaluation
qui leur est propre. En effet, l'information fournie est suffisante
pour construire des équations de régression logistique qui donnent
une estimation des possibilités de récidive pour toute combinaison
de cotes SONAR, de QI, de résultats VRAG et du taux de base de
récidive. Nous ne croyons pas toutefois que la base de l'étude était
suffisamment solide pour donner lieu à des prévisions aussi
détaillées. La méthode était rétrospective et les constatations
résultant d'études véritablement prospectives pourraient ne pas être
les mêmes.
Une question connexe est de savoir dans
quelle mesure les variables de l'échelle SONAR devraient être
utilisées pour ajuster les prévisions actuarielles fournies par
d'autres instruments actuariels, tels que la Statique-99 ou le VRAG.
Certains auteurs, comme Quinsey et coll. (1998), se sont opposés au
rajustement d'échelles actuarielles soutenant que les avis cliniques
sont si peu satisfaisants qu'ils ne font qu'altérer les prévisions
valables établies par l'échelle actuarielle. Toutefois, l'exactitude
des échelles actuarielles dépend de la mesure dans laquelle elles
tiennent compte de tous les facteurs de risque pertinents. Les
résultats de la présente étude permettent de croire que les
prévisions fournies par bon nombre des échelles de risque courantes,
comme l'ERRRS, la Statique-99 et le VRAG, peuvent être améliorées en
tenant compte d'un éventail de facteurs de risque dynamiques liés au
comportement du délinquant sous surveillance dans la collectivité.
On ignore quelle serait la meilleure façon de tenir compte de cette
information, mais un certain rajustement semble justifié lorsque les
besoins dynamiques du délinquant sont considérablement plus élevés
(ou moins élevés) que l'indiquent les cotes fournies par des mesures
actuarielles établies.
Malgré les limites de l'étude, les facteurs
de risque compris dans l'échelle SONAR concordent suffisamment avec
les résultats de recherches antérieures pour être considérés comme
des indicateurs de risque plausibles dans un contexte d'application
pratique. Il faut espérer que les divers intervenants tiendront
compte de ces facteurs dynamiques lorsqu'ils auront à procéder à une
évaluation du risque ou à fixer des objectifs en matière de
traitement. En portant systématiquement sur les problèmes révélés
par l'échelle SONAR, les recherches futures seront à même de
déterminer dans quelle mesure ces facteurs dynamiques sont
importants dans la gestion du risque des délinquants sexuels.
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Annexe I
SONAR - critères de notation
| Éléments stables |
Score |
| Problèmes sur le plan de l'intimité |
0 - partenaire actuel, aucun problème
1 - partenaire actuel, problèmes
2 - pas de partenaire |
|
| Influences sociales |
0 - bilan social favorable de 2+
1 - bilan de 0 ou +1
2 - bilan de moins de zéro |
|
| Attitudes |
0 = ne souscrit à aucune
1 = souscrit à certaines
2 = souscrit à beaucoup |
|
| Maîtrise de soi sur le plan sexuel |
0 = ni droit acquis, ni préoccupations
1 = un certain droit acquis ou certaines préoccupations sexuelles
2 = droit acquis marqué ou
3+ préoccupations sexuelles |
|
| Maîtrise de soi en général |
0 = pas de problème
1 = léger problème
2 = grave problème |
|
| Facteurs de risque aigus |
| Toxicomanie |
-1 = mieux 0 = même 1 = pire |
|
| Humeur négative |
-1 = mieux 0 = même 1 = pire |
|
| Colère/hostilité |
-1 = mieux 0 = même 1 = pire |
|
| Occasions d'accès aux victimes |
-1 = moins 0 = même 1 = plus |
|
| Total |
|
Sauf indication
contraire, la période visée par les facteurs de risque stables est
celle de 12 mois qui précède.
Problèmes sur le plan de l'intimité
Si le délinquant n'a pas de partenaire
sexuelle actuellement, il reçoit une cote de « 2 ». S'il
vit actuellement avec une partenaire et qu'il n'y a pas de problème
manifeste, il reçoit alors une cote de « 0 ». S'il vit
actuellement avec une partenaire, mais la relation est source de
conflits ou de problèmes, il reçoit alors une cote de
« 1 ». Parmi les problèmes possibles, mentionnons les
liaisons ou l'infidélité, les problèmes sexuels, la méfiance, la
jalousie, les conflits en général et les séparations de longue durée
(p. ex., l'incarcération). Le degré de difficulté doit être
suffisant pour causer du souci à l'homme ou à sa partenaire. Une
cote de « 1 » serait aussi donnée dans le cas d'une
relation stable où les partenaires ne vivent pas ensemble.
Influences sociales
Énumérez toutes les personnes dans la vie du
délinquant qui ne sont pas payées pour être avec lui. Dans chaque
cas, la personne exerce-t-elle une influence positive, négative ou
neutre?
Le nombre d'influences positives moins le
nombre d'influences négatives correspond au bilan social. Nouveau
code pour le bilan social : (2+ = 0) (0, 1 = 1)
(moins de 0 = 2).
Attitudes
Le délinquant souscrirait-il aux
affirmations suivantes?
Attitudes à l'égard
du viol :
Notez comme suit : 0
= non; 1 = peut-être, parfois; 2 = oui.
- Beaucoup de femmes aimeraient secrètementêtre violées.
- Lorsque les femmes se promènent avec desjupes très courtes et des corsages très serrés, elles s'attirentdes ennuis.
- Souvent, lorsqu'une femme dit« non », elle veut tout simplement se faire prier etveut vraiment dire « oui ».
- Les femmes jouent un jeu sexuel avec ledélinquant.
- Certaines victimes de viol méritent cequi leur arrive.
NOUVEAU CODE pour le viol : (0 = 0) (1,
2, 3, 4 = 1) (5 à 10 = 2)
Attitudes à
l'endroit de la pédophilie :
Notez comme suit : 0 = non; 1 =
peut-être, parfois; 2 = oui.
- Certains enfants sont assez matures pouraimer avoir des relations sexuelles avec des adultes.
- Certains enfants aiment taquiner ledélinquant sexuellement.
- Si un enfant ne refuse pas, c'est qu'ilveut avoir des rapports sexuels.
- Certains enfants sont tellement disposésà avoir des rapports sexuels qu'il est difficile de rester loind'eux.
NOUVEAU CODE pour la pédophilie : (0 =
0) (1, 2, 3 = 1) (4 à 8 = 2).
NOUVEAU CODE - Total: 0 = ne souscrit à
aucune; si viol ou pédophilie = 1, alors le
total = 1; si viol ou pédophilie = 2, alors le total = 2.
Maîtrise de soi sur
le plan émotionnel ou sexuel
Ce besoin est lié à l'expression mal
contrôlée de pulsions sexuelles et à la tendance à utiliser la
sexualité comme moyen de composer avec des émotions négatives. La
tendance à utiliser la sexualité comme mécanisme d'adaptation n'a
pas été mesurée directement dans l'étude de Hanson et Harris (1998).
Celle-ci a plutôt utilisé des mesures indirectes de déviance
sexuelle, comme la conviction d'un droit acquis au sexe et les
préoccupations sexuelles.
Le délinquant souscrirait-il aux
affirmations suivantes (droit acquis au sexe)?
Notez comme suit : 0 = non; 1 = peut-être,
parfois; 2 = oui.
- Toute personne a droit à des rapportssexuels.
- Les hommes ont plus besoin de sexe queles femmes.
- Le délinquant a des pulsions sexuellesplus fortes que la plupart des gens.
- Une fois qu'elles vous excitentsexuellement, il n'y a plus moyen d'arrêter.
NOUVEAU CODE pour le droit acquis au
sexe : 0 = 0, 1 - 3 = 1, 4+ = 2.
Le délinquant s'adonne-t-il à ce qui suit
(préoccupations sexuelles)?
Notez comme
suit: 0 = non, 1 = peut-être, 2 = oui.
- Utilisation de matériel pornographique
- Fréquentation de bars de strip-tease/salons de massage /prostituées
- Utilisation de langage lascif
- Masturbation excessive
- Fantasmes/désirs sexuels déviants
- Fait d'être préoccupé par les crimessexuels
- Fait d'être préoccupé par la sexualité/lapornographie/les prostituées.
NOUVEAU CODE pour les préoccupations
sexuelles: 0 = 0, 1 à 4 = 1, 5+ = 2.
NOUVEAU CODE pour le TOTAL - Maîtrise de soi
sur le plan sexuel : 0 = ni droit acquis ni préoccupations; 1 =
si le droit acquis ou préoccupations sexuelles égale 1, le total est
1. Si le droit acquis ou préoccupations sexuelles égale 2, le total
est 2.
Maîtrise de soi en général
Ce besoin est lié à la capacité du
délinquant à se prendre en main et à se conformer aux exigences de
la surveillance dans la collectivité. Les délinquants s'adonnant à
un mode de vie criminel en général sont susceptibles d'avoir des
problèmes sur ce plan.
Le délinquant présente-t-il les
caractéristiques suivantes?
Notez comme suit : 0 = non, 1 =
peut-être, 2 = oui, sauf les éléments dont la cote est inversée 0 =
oui, 1 = peut-être, 2 = non.
- Mise à l'essai des facteurs de risque
- Fait de ne pas tout dévoiler
- Investissement personnel dans letraitement (cote inversée)
- Tentative de « déjouer lesystème »
- Tentative d'être copain-copain avec vous
- Manquement aux conditions de lasurveillance dans la collectivité
- Absence à des rendez-vous autres qu'avecle surveillant
- Disposition à faire des sacrifices pouréviter une situation à risque élevé (cote inversée)
NOUVEAU CODE (0 = 0) (1 - 7 = 1) (8 - 16 =
2).
Facteurs de risque aigus
Pour chacun des quatre points suivants, il
faut déterminer si le comportement du délinquant s'est amélioré
(-1), s'est détérioré (+1), ou est demeuré le même (0) au cours du
dernier mois (ou depuis la dernière évaluation).
A) Problèmes de
toxicomanie (alcool et drogues).
Voir
s'ils nuisent aux activités quotidiennes normales ou s'il y a des
problèmes de santé.
B) Humeur
négative
- Dépression/découragement/désespoir
- Angoisse/inquiétude excessive/stress
- Frustration
- Sentiment de solitude
- Pensées suicidaires
C) Colère/hostilité
- Impétuosité/tempérament explosif/colère
- Colère envers les femmes
- Agressivité/grossièreté/attitude
menaçante à l'égard des autres
D) Accès aux
victimes/préparation du terrain
- Accès aux victimes (en général)
- Drague/création d'occasions de récidive
- Préparation du terrain auprès des
victimes
- Vélo/4X4/moto/voiture tape-à-l'oeil (Le
délinquant a-t-il une voiture susceptible d'attirer l'attention de
son type de victime préféré?)
- Ordinateur/surf dans Internet
- Passe-temps :
photographie/pêche/cerfs-volants/bateaux (Le délinquant se
livre-t-il à un passe-temps susceptible de faciliter l'entrée en
contact avec son type de victime préféré?)
Faites le total des quatre éléments (A, B, C
et D) puis faites l'addition (ou la soustraction) avec le total des
facteurs dynamiques stables.
Transposition des
cotes SONAR en catégories de risque
| Catégorie |
Cote SONAR |
| Faible |
-4 à 3 |
| Moyenne faible |
4, 5 |
| Moyenne |
6, 7 |
| Moyenne élevée |
8, 9 |
| Élevée |
10 - 14 |