Prévention du crime - Résumé de recherche 2017-H03-CP – Programmes de prévention du crime axés sur le sport

PDF (279 Ko)

Historique

La recherche indique que les sports ont la capacité de mettre les jeunes en contact avec des modèles adultes positifs et d’offrir des occasions de développement positif (Mulholland, 2008), en plus de favoriser l’apprentissage et l’application d’aptitudes à la vie quotidienne (Goudas et Giannoudis, 2008; Mulholland, 2008; Holt et al., 2009). Par ailleurs, en plus de constituer une activité physique qui a des effets positifs sur la santé, le sport est un générateur de capital social qui aide à mobiliser la collectivité en favorisant la participation, la convivialité et l’esprit d’équipe (Ehsani et al., 2012, Mulholland, 2008), de même qu’une culture de soutien au sein de la collectivité (MacIntosh et al., 2016).

Compte tenu de leur potentiel pour appuyer le développement des jeunes, les activités sportives supervisées ont été utilisées dans bon nombre de pays, de même que par les Nations Unies, comme stratégie d’intervention pour s’attaquer à des enjeux sociaux tels que la criminalité chez les jeunes et la consommation de substances. Malgré la grande variabilité dans la façon dont ils sont mis en œuvre et structurés, les programmes axés sur le sport visent généralement à recourir au sport, soit comme un moyen ou comme une activité complémentaire, pour favoriser le développement des jeunes et prévenir la criminalité. En particulier, ces programmes se servent d’un milieu récréatif sécuritaire pour promouvoir les leçons tirées du sport (comme la coopération et la communication), et possiblement réaliser d’autres interventions sociales individuelles axées sur le développement (p. ex. le counseling, le mentorat et la formation en dynamique de la vie), tout en offrant aux jeunes un moyen prosocial de passer le temps. Malheureusement, en raison des limites de la recherche et d’un manque de normalisation de la terminologie dans ce domaine d’étude émergent, il est difficile de formuler des conclusions et des énoncés généraux quant à l’efficacité des programmes axés sur le sport. Le présent document a pour objet de fournir des renseignements supplémentaires sur la prévention du crime à l’aide du sport, ce qui comprend des résumés d’initiatives et de programmes prometteurs au Canada et ailleurs dans le monde, la différence dans les approches de mise en œuvre d’une application à l’autre, ainsi que les leçons apprises.

Qu’est-ce que la prévention du crime axée sur le sport?

Bien que les programmes dont il est question ici soient appelés des « programmes axés sur le sport », les activités physiques potentielles qui peuvent être menées dans le cadre de ces programmes ne se limitent pas aux jeux d’équipe courants comme le hockey et le soccer. L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) définit le sport comme une activité physique comportant une structure convenue ou un ensemble de règles qui permet d’entrer en compétition contre soi-même ou contre autrui (ONUDC, 2002). Cette grande définition permet d’inclure des activités physiques moins couramment considérées comme des sports, par exemple l’escalade de paroi rocheuse, les compétitions de danse ou le kayak.

Malheureusement, tel que susmentionné, le domaine de la prévention du crime axée sur le sport manque de définitions normalisées. Par exemple, la littérature ne donne aucune définition claire de ce qui constitue un programme axé sur le sport, sauf pour indiquer que ce genre de programme comporte un élément sportif. À cet égard, aucune terminologie ne permet de faire la distinction entre les programmes où le sport est la seule activité et les programmes qui combinent le sport et d’autres interventions sociales (p. ex. le sport sert à donner une pause de la salle de classe).

D’autres types de programmes d’activités physiques et de plein air peuvent aussi être considérés comme des programmes axés sur le sport. Mentionnons par exemple les camps de pleine natureFootnote1 (c.-à-d. les programmes de mise au défi ou les programmes de thérapie dans la nature), qui proposent une série d’activités de plein air exigeantes sur le plan physique visant à prévenir ou à réduire le comportement délinquant et la récidive (Development Services Group, 2011). Au nombre des principales composantes des camps de pleine nature, on retrouve le camping thérapeutique, l’escalade de paroi rocheuse, les balades en train à wagons, les expériences où on passe la nuit seul, les écoles alternatives, les séances de thérapie individuelle et de groupe ainsi que le counseling familial (Roberts, 2004; cité dans Development Services Group, 2011). La grande définition des programmes de prévention du crime axés sur le sport comprend également les conférences sur l’abus de substances auprès d’équipes sportives universitaires et les campagnes de lutte contre l’intimidation dans les médias menées par des équipes sportives professionnelles, même si le programme en soi ne comporte aucune activité physique.

Aux fins du présent résumé, les programmes de prévention du crime axés sur le sport incluront ceux qui proposent des activités physiques aux jeunes dans le cadre d’une intervention de développement social ou de détournement. Tout usage plus général du terme sera noté pour les études et travaux de recherche pertinents qui sont résumés.

Typologies des programmes axés sur le sport dans la littérature

Dans l’histoire de leur mise en œuvre, deux principaux groupes de programmes faisant appel au sport ont été recensés dans la littérature : 1) le sport comme moyen de détourner les jeunes de la criminalité; et 2) le sport comme mécanisme de développement social (Ehsani et al., 2012; Ekholm, 2013; McMahon et Belur, 2013).

Ces approches des programmes de prévention du crime axés sur le sport se situent sur un continuum du développement social qui va des programmes de détournement (qui favorisent le développement social uniquement par l’intermédiaire des compétences de vie acquises par le sport) aux programmes de prévention du crime à facettes multiples (qui offrent des avenues de développement par l’entremise du sport, d’interventions jumelées et d’autres stratégies dans plusieurs secteurs comme la santé et l’éducation). Ce continuum est important puisqu’il illustre les aspects prosociaux de base associés au sport en tant qu’activité, en plus de montrer ses limites et le potentiel pour les programmes d’incorporer d’autres interventions développementales.

Il est aussi possible de distinguer les programmes axés sur le sport en fonction de la clientèle qu’ils visent à servir. Le cadre AGIS, un programme de l’Union européenne qui favorise et soutient la coopération et l’élaboration de politiques en matière de justice pénale, a cerné trois différents niveaux de programmes axés sur le sport : 1) les activités ouvertes à exigences minimes; 2) les programmes de formation fermés; et 3) le sport dans les centres de détention pour adolescents (Schwenzer et al., 2007).

Exemples de programmes canadiens et internationaux

Malgré les recherches limitées dans le domaine, les programmes et les initiatives de prévention du crime axés sur le sport mis en œuvre dans divers pays ont donné des résultats prometteurs, notamment la réduction de certains facteurs de risque associés à la criminalité chez les populations ciblées et l’habilitation des participants. Sans compter que, d’après leurs responsables, ces programmes sont rentables. Vous trouverez ci-dessous quelques exemples de programmes dans le domaine de la prévention axée sur le sport.

I. Exemples canadiens financés par Sécurité publique Canada

Sécurité publique CanadaFootnote3 finance des programmes de prévention du crime dans le cadre de la Stratégie nationale pour la prévention du crime (SNPC), un cadre stratégique qui régit la mise en œuvre d’initiatives de prévention du crime au Canada (Sécurité publique Canada, 2009). La SNPC appuie des programmes qui favorisent la prévention du crime par le développement social et exige que les programmes incorporent des composantes clés de la pratique fondée sur des données probantes, comme des interventions qui agissent sur les facteurs de risque menant à la délinquance (Sécurité publique Canada, 2009). C’est pourquoi les programmes financés par la SNPC ne prévoient pas la simple mise en œuvre d’activités sportives à des fins de détournement de la criminalité; ces activités doivent plutôt être combinées à des interventions fondées sur des données probantes qui agissent sur les facteurs de risque criminogènes.

Velocity Adventure ProgramFootnote4
Objectif : Le Velocity Adventure Program est un programme axé sur l’aventure qui vise à réduire la consommation de substances et le comportement antisocial, tout en accroissant l’attachement à l’école chez les jeunes à risque (ou les jeunes qui ont déjà pris part à des activités criminelles) âgés de 13 à 18 ans. Le programme s’attaque aux principaux facteurs de risque associés à la criminalité, notamment le comportement agressif et antisocial, la consommation de substances ainsi que le faible attachement à l’école. Il combine les données probantes tirées de modèles et de pratiques efficaces qui englobent des activités d’aventure en plein air structurées, une formation en dynamique de la vie et du mentorat.

Le programme a été mis en œuvre à St. John’s, à Terre‑Neuve, de 2009 à 2014.

Activités : Le Velocity Adventure Program est un programme de 12 mois qui réunit les principales composantes suivantes :

Résultats : Les données obtenues au prétest et au suivi de 12 mois pour le Velocity Adventure Program révèlent que les participants affichaient une amélioration de leur motivation à réduire leur consommation de substances et de leur capacité perçue de gérer leurs problèmes d’abus de substances, de même qu’une grande amélioration au chapitre des études et des objectifs scolaires. Cependant, aucun changement important n’a été observé dans les comportements agressifs et antisociaux des jeunes participants.

Leadership and Resiliency ProgramFootnote5
Objectif : Le Leadership and Resiliency Program (LRP) est un programme scolaire et communautaire destiné aux élèves à risque âgés de 14 à 19 ans qui vise à les empêcher de consommer de la drogue et de recourir à la violence, tout en les aidant à accroître leur force intérieure et leur résilience. Il s’attaque notamment aux facteurs de risque suivants : le comportement perturbateur à l’école (comme l’intimidation ou le décrochage); le comportement agressif et impulsif; le comportement antisocial ou criminel; la fréquentation de pairs délinquants; et la participation de membres de la famille à des activités criminelles.

Depuis 2009, le programme LRP a été mis en œuvre dans bon nombre de provinces et de territoires (Alberta, Colombie‑Britannique, Nouvelle‑Écosse, Nunavut, Québec, Terre‑Neuve et Territoires du Nord‑Ouest), et plusieurs projets se poursuivent encore jusqu’à 2020.

Activités : Ce programme compte trois composantes interreliées. Chacune de ces composantes met l’accent sur l’acquisition de compétences en leadership et en résolution de problèmes chez les participants, tout en encourageant le renforcement de l’aptitude à résister à ses pairs, la gestion du risque, l’orientation vers les objectifs, la réflexion prospective, l’optimisme, l’empathie, la source de détermination interne et la gestion des conflits.

Résultats : Une évaluation prétest et post-test montre que les participants au programme affichaient une réduction substantielle des suspensions scolaires (75 %) et des arrestations à l’adolescence (47 %), de même qu’une augmentation de l’assiduité scolaire (60-70 %)Footnote6.

Projet VentureFootnote7
Objectif : Le projet Venture est un programme de développement pour les jeunes axé sur le plein air qui a été conçu par le National Indian Youth Leadership Project dans le but de prévenir l’abus de substances chez les jeunes autochtones. Le programme mise sur des activités de plein air axées sur des valeurs traditionnelles autochtones pour favoriser l’établissement de relations positives avec les pairs et l’acquisition d’habiletés de groupe; pour faire participer les jeunes à des projets constructifs; pour permettre aux jeunes d’acquérir des compétences en leadership; et pour permettre l’acquisition et le renforcement de compétences sociales et d’aptitudes en matière de prise de décisions et de résolution de problèmes.

Depuis 2009, le projet Venture a été mis en œuvre dans bon nombre de provinces, soit la Colombie‑Britannique, le Manitoba, le Nouveau‑Brunswick, la Nouvelle‑Écosse, l’Ontario, le Québec et la Saskatchewan. Plusieurs de ces projets se poursuivront jusqu’en 2021.

Activités : Le programme compte quatre grandes composantes :

Résultats : Il y a actuellement deux évaluations d’impact en cours, dont les résultats sont attendus à compter de 2018‑2019. Selon les constatations prenant appui sur les données du prétest et du post-test d’une étude américaine réalisée sur le programme, le taux de consommation d’alcool est demeuré plus bas au fil du temps chez le groupe expérimental que chez le groupe témoin. La même étude révèle que le taux de consommation de drogues illicites est resté stable au sein du groupe expérimental, tandis qu’il a augmenté dans le groupe témoin. Les participants au programme affichaient en outre une assiduité scolaire accrue, de même qu’une réduction de la dépression et du comportement agressif.

II. Le contexte autochtone au Canada

Dans le contexte autochtone canadien, les connaissances sont limitées en ce qui concerne le recours à des activités sportives supervisées comme stratégie de prévention du crime. Des programmes de développement axés sur le sport ont toutefois produit des résultats positifs pour les collectivités autochtones canadiennesFootnote8. De nombreux programmes, notamment le Nunavik Youth Hockey Development Program, Alberta’s Future Leaders et Promoting Life-skills in Aboriginal Youth de Right to PlayFootnote9 ont été mis en œuvre au Canada et ont, de différentes façons, aidé les jeunes autochtones à éviter d’emprunter des chemins de vie négatifs (Halsall et Forneris, 2016).

Un programme de ce genre est offert à l’Innu Gym, un centre récréatif à Natuashish, sur la côte nord du Labrador. La collectivité des Premières Nations de Natuashish se trouve à 300 kilomètres d’un grand centre et est accessible uniquement par voie aérienne ou par traversier pendant l’été. Selon Statistique Canada, la population se chiffre à 936 personnes seulement, dont près de la moitié (440) avait moins de 19 ans en 2016. Les soirées sportives à l’Innu Gym comptent parmi les quelques activités organisées qui sont offertes dans la collectivité, et visent à détourner les jeunes de la tentation de consommer des drogues et de l’alcool.

Au moyen d’un examen de la portée de la littérature didactique disponible sur les programmes de développement par le sport destinés aux Autochtones au Canada, une étude a relevé trois thèmes communs qui incarnent les défis et les stratégies efficaces liés à ces programmes : (1) il est utile d’offrir aux participants à un programme de développement par le sport un mentorat assuré par du personnel appartenant à une autre culture, mais avantageux d’employer du personnel autochtone; (2) la participation communautaire est essentielle à la réussite d’un programme de développement par le sport dans les collectivités autochtones; et (3) le programme de développement par le sport joue un rôle secondaire seulement dans la réalisation des grands objectifs sociaux et économiques des collectivités autochtones (Gardam et al., 2017).

III. Initiatives internationales

Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC)

Prévention du crime par le sport – Nouvelle initiative : En 2015, dans le cadre de la Déclaration de Doha adoptée par le Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale, l’ONUDC a lancé une initiative mondiale de prévention du crime chez les jeunes qui repose sur le pouvoir du sport. En collaboration avec plusieurs partenaires internationaux, par l’entremise de réunions avec des groupes d’experts et en s’inspirant des pratiques actuelles dans le domaine des programmes axés sur le sport, l’ONUDC a conçu le programme Line Up Live UpFootnote10 dans le but de renforcer la résilience chez les jeunes de 13 à 17 ans en améliorant leurs aptitudes à la vie quotidienne, de même qu’en augmentant leur connaissance des conséquences de la consommation de substances et de la criminalité.

Le programme se compose de dix séances qui ont été conçues pour cibler des ensembles particuliers d’aptitudes à la vie quotidienne : les compétences de vie personnelles (résolution de problèmes, pensée critique, prise de décisions, pensée créative, conscience de soi, gestion du stress et des émotions) et les compétences de vie sociales (empathie, communication efficace, entregent, techniques de refus). Il est possible de mettre en œuvre le programme dans les centres sportifs, les écoles et d’autres milieux communautaires pour remédier à la criminalité, à la violence et à la consommation de drogues chez les jeunes. Un essai pilote du programme a été effectué au Brésil, et des phases pilotes se poursuivront dans un avenir rapproché dans d’autres pays (comme l’Afrique du Sud et le Kirghizistan).

Laureus Sport for Good Footnote11

Depuis son lancement en 2000, l’organisme caritatif Laureus Sport for Good a soutenu plus de 150 projets dans plus de 35 pays, se servant du sport pour s’attaquer à la violence, à la discrimination et au désavantage. Vous trouverez ci-dessous quelques exemples de programmes axés sur le sport appuyés par Laureus. Certains d’entre eux ont été mis en œuvre à grande échelle et comptent leur propre réseau de partenaires et leur propre structure organisationnelle (voir les notes en fin d’ouvrage pour plus de détails).

La National Alliance of Sport for the Desistance of Crime (NASDC)Footnote17

La NASDC a été lancée en 2015 pour appuyer les organisations qui se servent du sport pour prévenir la délinquance et réadapter les délinquants. La NASDC est l’un des principaux utilisateurs du sport dans le système de justice pénale et l’une des principales sources de données probantes sur le sujet. Cette alliance est gérée par l’organisme 2nd Chance Group.

Teaching Personal and Social Responsibility through Physical Activity (TPSR)
(Hellison, 2011)

Le modèle TPSR est un cadre basé sur la croyance selon laquelle il est possible d’enseigner des compétences de vie en enseignant l’éducation physique – il s’agit d’utiliser l’éducation physique comme moyen d’enseigner un code ou une discipline aux élèves. L’éducation physique sert de véhicule pour enseigner aux élèves diverses compétences de vie qu’ils peuvent mettre en pratique dans le gymnase et transférer dans d’autres milieux tels que l’école, la collectivité et la maison. Le modèle TPSR a été mis à l’essai sur le terrain dans le cadre de programmes d’éducation physique à l’école, ainsi que de programmes parascolaires et communautaires.

Ce cadre vise à amener les élèves à intégrer et à intérioriser le code, de même qu’à leur fournir une structure pour leur vie, leurs valeurs et leur discipline intérieure.

Le programme d’éducation physique Profesorado (El Salvador)

Le programme d’éducation physique Profesorado est un programme scolaire où des compétences de vie sont enseignées à l’aide d’activités physiques. Il a été mis en œuvre suivant le modèle Teaching Personal and Social Responsibility (TPSR)Footnote18 de Hellison pour l’enseignement de compétences de vie et de valeurs aux jeunes (Mandigo et al., 2016).

À l’école, les professeurs d’éducation physique donnent leurs cours en suivant l’approche humaniste et axée sur l’élève qui est au cœur du modèle TPSR de Hellison. L’activité physique sert de véhicule pour enseigner des compétences de vie.

Les résultats du programme Profesorado montrent des effets bénéfiques tant pour les garçons que pour les filles (Mandigo et al., 2016). Le programme a toutefois eu une plus grande incidence sur les garçons, ceux-ci ayant fait état d’une baisse de leur agressivité et d’une hausse de leurs compétences de vie à la fin de l’année scolaire par rapport au début de celle-ci (Mandigo et al., 2016).

Grassroot Soccer (États‑Unis, Royaume‑Uni, Afrique du Sud, Zambie, Zimbabwe)
Grassroot Soccer (GRS)Footnote19 est un organisme de santé des adolescents qui mise sur le soccer pour instruire les jeunes dans les pays en développement, les mobiliser et les inspirer à surmonter leurs plus gros problèmes de santé, à vivre une vie saine et productive et à servir d’agents de changement dans leur collectivité. GRS collabore avec des organisations autochtones et internationales en vue d’adapter, de mettre en œuvre et d’évaluer des programmes dans les collectivités locales, et il fournit un système de suivi et d’évaluation pour mieux mesurer les extrants, les résultats et les effets. Ses programmes fondés sur des données probantes, qui sont dirigés par des mentors locaux ayant reçu une formation, intègrent le soccer à des leçons dynamiques au sujet de la santé et du mieux-être qui mobilisent les jeunes et éliminent les obstacles culturels. À ce jour, GRS a offert une éducation en santé adaptée aux adolescents à plus de 1,9 million de jeunes dans près de 50 pays.

GRS a élaboré une gamme de programmes qui ciblent le développement des jeunes en s’attaquant à des enjeux tels que la criminalité, l’abus de substances et la violence tout en favorisant le leadership, l’employabilité et le comportement prosocial chez les jeunes. Cette gamme compte à la fois des programmes propres à un seul sexe et des programmes s’adressant aux deux sexes, qui sont mis en œuvre dans les écoles et les collectivités. Comme exemple d’étude d’évaluationFootnote20, en 2012, GRS a réalisé une évaluation prétest et post-test de Champions League, une intervention intensive de 72 séances axée sur le soccer qui vise à réduire la consommation de substances et la violence fondée sur le sexe parmi les garçons adolescents de 15 à 20 ans en Afrique du Sud. Les résultats au test de dépistage de drogues montrent une augmentation de la volonté de se soumettre au test (le nombre de participants ayant choisi de subir le test est passé de 59 % à 80 %) et une baisse des résultats positifs au test (le nombre de participants qui ont obtenu un résultat positif est passé de 29 % à 0 %) (Durkin et al., 2015). De plus, un essai clinique randomisé, réalisé conjointement avec l’Université de Stellenbosch et l’Université de la Californie à Los Angeles, montre que les garçons ayant participé à un programme de GRS étaient moins susceptibles de se livrer à des activités criminelles, de faire subir de la violence aux femmes et de consommer de la drogue. GRS se sert d’entraîneurs (ou de pairs mentors) pour exécuter les programmes auprès des adolescents, et ces entraîneurs suivent eux-mêmes un programme structuré qui leur permet d’acquérir des compétences améliorant l’employabilité ainsi que des habiletés de leadership. Les résultats de l’étude menée en Afrique du Sud montrent que 75 % des entraîneurs de GRS ont connu une augmentation des possibilités d’emploi, d’éducation ou de formation après avoir occupé le poste pendant deux ans.

Défis liés à la mise en œuvre

Comme toute initiative de prévention du crime, les programmes axés sur le sport comportent des défis liés à la mise en œuvre qui doivent être pris en compte. Les défis suivants ont été relevés en particulier :

Leçons apprises

Bien que les programmes axés sur le sport soient mis en œuvre de différentes façons, des leçons universelles ont été tirées de l’expérience de nombreux programmes. En voici quelques-unes :

Aux États‑Unis, le centre sportif Up2UsFootnote21 a réalisé une analyse de plusieurs organisations nationales qui appuient des programmes de développement des jeunes axés sur le sport. L’étude soulignait treize critères représentatifs de la qualité d’un programme axé sur le sport, lesquels reconnaissaient les caractéristiques communes aux programmes axés sur le sport destinés aux jeunes qui se sont avérés efficaces :

Caractéristiques des programmes de développement axés sur le sport de qualité

  • Sécurité physique et émotionnelle         
  • Structure appropriée                 
  • Relations de soutien                
  • Occasions d’appartenance                   
  • Normes sociales positives                    
  • Soutien à l’efficacité et au sentiment d’importance face aux autres
  • Occasions de renforcement des compétences
  • Occasions de favoriser la compétence culturelle
  • Apprentissage actif
  • Occasions de reconnaissance
  • Orientation vers les forces
  • Caractéristiques écologiques/holistiques
  • Intégration des efforts familiaux, scolaires et communautaires

(Gardner, 2013)

Principes clés des nouveaux programmes de prévention du crime axés sur le sport

En résumé, nous avons recensé un certain nombre de principes clés qu’il est important de prendre en considération dans la mise en œuvre de nouveaux programmes de prévention du crime axés sur le sport. L’Institut australien de criminologie a d’ailleurs compilé un cadre de principes qui couvre les leçons apprises et les défis liés à la mise en œuvre qui ont été relevés dans la recherche sur les programmes de prévention du crime axés sur le sport. Ce cadre est présenté ci-dessous :

Principes d’un programme constituant une bonne pratique

  1. Tâches administratives
    • Énoncer clairement des buts et des résultats qui font l’objet d’un suivi et qui, dans la mesure du possible, sont évalués, afin que les programmes conservent leur pertinence pour les jeunes et que les ressources soient ciblées efficacement.
    • Veiller à ce que le personnel soit intéressé et enthousiaste à l’égard des programmes.
  2. Environnement
    • Créer un environnement où les jeunes se sentent à l’aise et en sécurité sur les plans physique et émotionnel : promouvoir la participation volontaire à tous les niveaux, fixer un minimum de règles et réduire la compétition.
    • Veiller à ce que le personnel soit composé de personnes à qui les jeunes peuvent faire confiance et avec qui ils peuvent cultiver des relations positives.
  3. Activités
    • Proposer des activités nouvelles et stimulantes qui sont engageantes et pertinentes pour les jeunes.
    • Veiller à ce que les activités individuelles et en équipe et à ce que l’exécution du programme soient adaptées au groupe cible (par exemple, garçons/filles).
    • Mener des activités à faible coût en dehors des heures de classe et la fin de semaine, lorsque les jeunes sont le plus susceptibles de ne pas être occupés ou de s’ennuyer.
  4. Participation des jeunes
    • Offrir des possibilités de leadership aux jeunes dans l’organisation et le choix des activités.
    • Faire participer les jeunes à la promotion du programme.
    • Envisager de favoriser le mentorat par les pairs et les réseaux de soutien.
  5. Accessibilité
    • Veiller à ce que le programme soit facilement accessible aux jeunes en assurant leur transport une fois la nuit tombée.
  6. Soutien externe
    • Créer des liens et fournir de l’information au sujet des autres services et ressources accessibles aux jeunes dans la collectivité locale.
    • Fournir aux jeunes un point de contact continu.
  7. Enjeux sous-jacents
    • Promouvoir l’équité et l’égalité.
    • Être conscient des enjeux familiaux, sociaux et liés à l’estime de soi qui influencent le comportement des jeunes.
    • Communiquer avec les jeunes en tant qu’individus, sans mettre l’accent uniquement sur leur comportement.
    • Promouvoir la pertinence des activités pour d’autres domaines de la vie.

(Makkai et al., 2003)

Conclusion

En général, les initiatives de prévention du crime axées sur le sport semblent prometteuses. Les données probantes disponibles montrent certains résultats encourageants au chapitre de l’amélioration des attitudes, des comportements et des possibilités, ainsi qu’un rendement appréciable du capital investi. De plus, quelques études internationales montrent une réduction des facteurs de risque et de la délinquance. Il serait toutefois utile de mener d’autres évaluations expérimentales et quasi-expérimentales rigoureuses pour confirmer ces effets positifs. Par ailleurs, pour comprendre comment les programmes de prévention du crime axés sur le sport réduisent la criminalité chez les jeunes, il faut connaître les chemins qu’empruntent ces programmes pour produire un changement. À cette fin, on peut entre autres mener des évaluations des processus qui tentent de mettre le doigt sur la façon dont les intrants et les activités du programme génèrent les résultats finaux. Les futurs travaux devraient en outre s’efforcer d’affiner la classification des programmes en fonction de la taille et de la nature de la composante sportive, ainsi que de quantifier les effets uniques du sport sur les résultats liés à la prévention du crime au sein des programmes de développement axés sur le sport à composantes multiples. Ces travaux aideraient à déterminer les composantes efficaces des modèles de détournement, et pourraient contribuer à expliquer les conclusions mixtes quant à l’efficacité des modèles.

Pour obtenir davantage de renseignements sur la recherche effectuée au Secteur de la sécurité communautaire et de la réduction du crime de Sécurité publique Canada, ou pour être inscrit à notre liste de distribution, veuillez communiquer avec :

Division de la recherche
Sécurité publique Canada
340, avenue Laurier Ouest
Ottawa (Ontario)  K1A 0P8
PS.CSCCBResearch-RechercheSSCRC.SP@canada.ca

Les résumés de recherche sont produits pour le Secteur de la sécurité communautaire et de la réduction du crime, Sécurité publique Canada. Les opinions exprimées dans le présent résumé sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de Sécurité publique Canada.

Références

 

Notes

  1. 1

    Pour plus de détails sur les camps de pleine nature, consulter Development Services Group (2011). Ce rapport fait aussi la distinction entre les camps de pleine nature et les camps d’entraînement : les camps de pleine nature prennent racine dans l’apprentissage par l’expérience, qui favorise « l’apprentissage par l’action » et facilite les occasions de croissance personnelle, alors que les camps d’entraînement sont basés sur un modèle militaire et englobent le recours à l’agressivité physique et psychologique contre les jeunes. De plus, les évaluations des camps de pleine nature montrent généralement des résultats prometteurs ou mixtes, tandis que les évaluations des camps d’entraînement montrent des résultats mixtes – et en particulier que ces camps ne sont pas aussi efficaces pour réduire la récidive ou modifier le comportement des jeunes (Russell, 2001 dans Development Services Group, 2011).

  2. 2

    Les programmes de prévention du crime se situent sur un continuum d’intervention qui comprend trois grandes catégories (Sécurité publique Canada, 2015c) :

    • Prévention du crime primaire : Programmes conçus pour la population générale qui ciblent les facteurs socio-économiques, dont il y a lieu de croire qu’ils sont reliés à une plus grande probabilité de comportements criminels.
    • Prévention du crime secondaire : Programmes ou interventions qui visent les facteurs de risque reliés aux cheminements qui amènent les enfants et les jeunes vers la délinquance, ou qui ciblent des situations qui sont à même de faire augmenter la criminalité dans certains quartiers.
    • Prévention du crime tertiaire : Programmes qui visent à prévenir la répétition de comportements criminels par des mesures comme le réaménagement de bâtiments ayant fait l’objet de plusieurs infractions ou comme les programmes de réadaptation des contrevenants, etc.
  3. 3

    Il importe de noter que pour les programmes canadiens présentés dans cette section, l’impact unique de la composante sportive sur les résultats du programme n’a pas été évalué. Les résultats mesurés dans les études financées par la Stratégie nationale pour la prévention du crime découlent des programmes dans leur ensemble, et non de composantes internes particulières (comme le véhicule de mise en œuvre).

  4. 4

    Pour plus de détails sur le Velocity Adventure Program, consulter les publications suivantes : Sécurité publique Canada, 2012; 2015a; 2015b. Les résultats d’évaluation présentés dans ces publications sont tirés de l’évaluation des résultats effectuée par Ference Weicker & Company (2013) (rapport inédit – pour plus de détails, communiquer avec la Division de la recherche, Sécurité publique Canada).

  5. 5

    Pour plus de détails sur le Leadership and Resiliency Program, consulter les publications suivantes : Sécurité publique Canada, 2008; Sécurité publique Canada, 2015d.

  6. 6

    Le sommaire d’évaluation de Sécurité publique Canada est en cours de rédaction. Pour plus de détails, communiquer avec la Division de la recherche, Sécurité publique Canada.

  7. 7

    Pour plus de détails sur le projet Venture, consulter les publications suivantes : Sécurité publique Canada, 2011; SAMHSA’s National Registry of Evidence-based Programs and Practices, s.d.; Carter et al., 2007.

  8. 8

    Les populations examinées dans cette section sont les jeunes métis, inuits et des Premières Nations (âge non précisé).

  9. 9

    Right to Play est une organisation internationale qui se sert du jeu (y compris le sport) pour instruire et habiliter les enfants faisant face à l’adversité. Pour en apprendre davantage sur Right to Play, visiter le http://righttoplay.com/. Au Canada, les responsables du programme Promoting Life-skills in Aboriginal Youth (PLAY) travaillent en partenariat avec plus de 85 collectivités des Premières Nations et organisations autochtones urbaines à l’échelle du Canada afin d’offrir des activités sécuritaires, amusantes et éducatives aux enfants et aux jeunes autochtones. Chaque programme fondé sur le jeu conçu sur mesure vise à améliorer les résultats scolaires, les relations entre les pairs, l’employabilité ainsi que la santé physique et mentale chez les enfants et les jeunes autochtones (repéré sur le site Web de PLAY). Pour plus de détails sur la mise en œuvre de ce programme au Canada, visiter le http://www.righttoplay.ca/Learn/ourstory/Pages/PLAY-Program.aspx.

  10. 10

    Office des Nations Unies contre la drogue et le crime. (2017). LineUp LiveUp – Life Skills Training in Sport Settings to Prevent Crime Violence and Drug Abuse. Étant donné que ce programme est actuellement en cours d’essai, le manuel n’est pas encore disponible pour diffusion.

  11. 11

    Laureus combine les volets Laureus Sport for Good, Laureus World Sports Academy, Laureus Ambassadors Programme et Laureus World Sports Awards pour former une organisation unique qui se sert du sport pour faire le bien. Pour plus de détails sur Laureus, visiter le https://www.laureus.com/.

  12. 12

    En août 2012, Ecorys et l’Université sportive de Cologne en Allemagne ont entrepris un sondage sur l’impact du programme KICK Im Boxring auprès des participants, dont les résultats ont été complétés par des données probantes qualitatives recueillies dans le cadre d’une étude parallèle. Au moment du sondage, 103 jeunes avaient participé au programme au cours des 12 derniers mois, pour une durée moyenne de huit mois de participation chacun. Pour plus de détails, voir Laureus Sport for Good Foundation et Ecorys (2012).

  13. 13

    Le programme Fight for Peace se sert de la boxe et des arts martiaux, en combinaison avec l’éducation et le développement personnel, pour aider les jeunes dans les collectivités touchées par la criminalité et la violence à réaliser leur potentiel, et ce, en créant de nouvelles occasions. Ce programme a été mis en œuvre dans plusieurs pays par l’intermédiaire de son propre réseau mondial et d’autres partenaires mondiaux. Pour plus de détails, visiter le http://fightforpeace.net/.

  14. 14

    En juillet 2012, Ecorys a entrepris un sondage sur l’impact du programme Fight for Peace auprès des participants, dont les résultats ont été complétés par des données probantes qualitatives. Quelque 800 jeunes ont participé au programme en 2011. Les participants qui ont répondu au sondage d’Ecorys prenaient part aux activités du programme depuis 22 mois en moyenne. Pour plus de détails, voir Laureus Sport for Good Foundation et Ecorys (2012).

  15. 15

    Le programme Midnight Basketball a été mis en œuvre dans plusieurs pays. Aux États‑Unis, la ligue de basket-ball de nuit met en œuvre un programme de prévention du crime complet qui offre une éducation, des services d’emploi et des activités récréatives. Pour plus de détails, visiter le http://amblp.com/.

  16. 16

    En août 2012, Ecorys et le Centre de recherche sur la durabilité et la valeur de l’Université Bocconi ont entrepris un sondage sur l’impact du programme Midnight Basketball auprès des participants, dont les résultats ont été complétés par des données probantes qualitatives recueillies par des chercheurs universitaires. Le programme compte 200 jeunes inscrits. Les participants qui ont répondu au sondage d’Ecorys prenaient part aux activités du programme depuis sept mois en moyenne. Pour plus de détails, voir Laureus Sport for Good Foundation et Ecorys (2012).

  17. 17

    Pour plus de détails sur la National Alliance of Sport for the Desistance of Crime, visiter le http://www.nasdc.org/.

  18. 18

    Pour plus de détails sur le cadre Teaching Personal and Social Responsibility, consulter Hellison (2011) et le site Web de la TPSR Alliance à l’adresse http://www.tpsr-alliance.org/.

  19. 19

    Pour plus de détails sur Grassroot Soccer, consulter la brochure disponible à l’adresse https://www.grassrootsoccer.org/overview/.

  20. 20

    Pour plus de détails sur les études d’évaluation menées au sujet de Grassroot Soccer et leurs constatations, consulter Grassroot Soccer. (2016). Research Report. Repéré à https://www.grassrootsoccer.org/research/. En collaboration avec divers établissements de recherche et bailleurs de fonds, GRS a participé à 27 études de recherche depuis 2005 (y compris trois essais cliniques randomisés dans plus de 20 pays) et fait appel à diverses méthodes de recherche (y compris des essais randomisés par grappes, des études qualitatives et des évaluations à méthodes mixtes).

  21. 21

    Le centre sportif Up2Us, situé aux États‑Unis, offre des services de recherche, de formation, d’évaluation et d’orientation à la fine pointe pour appuyer l’efficacité des organisations membres du centre sportif Up2Us. Ce centre est un chef de file national dans le développement des jeunes axé sur le sport et mise sur le pouvoir du sport pour réduire la violence chez les jeunes, favoriser la santé et inspirer la réussite scolaire. Pour plus de détails, visiter le https://www.up2us.org/center.

Date de modification :