Notes des comités parlementaires : L'Afghanistan aujourd'hui : contexte politique, économique, humanitaire et sécuritaire
Les priorités du Canada sont les suivantes : (i) un passage sûr pour les Canadiens et les Afghans vulnérables; (ii) la prestation rapide de l'aide humanitaire; (iii) le respect par les talibans de leurs obligations internationales, notamment le respect des droits fondamentaux de tous les Afghans; et (iv) la coordination avec les partenaires dans le domaine de la lutte contre le terrorisme.
Nous sommes profondément préoccupés par la crise humanitaire, la détérioration de la situation des droits de la personne et les graves conséquences des violations des droits des femmes et des filles afghanes commises par les talibans.
Nous sommes déterminés à aider l'Afghanistan et le peuple afghan et nous continuerons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les soutenir.
Contexte
Situation politique
Depuis leur prise de contrôle de l'Afghanistan en août 2021, les talibans n'ont manifesté aucune volonté de former un gouvernement inclusif, de fournir des services de base au peuple afghan ou de respecter leurs obligations internationales en matière de droits de la personne. Aucun pays n'a reconnu les talibans comme le gouvernement de l'Afghanistan, bien qu'un nombre limité de pays maintiennent des missions diplomatiques à Kaboul et que certains États de la région aient accrédité des diplomates nommés par les talibans dans leurs capitales. Les Nations Unies continuent de jouer un rôle très actif en Afghanistan. La Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) supervise la coordination de l'aide humanitaire et surveille les tendances en matière de droits de la personne et de sécurité depuis le territoire afghan. Le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunit tous les trimestres pour discuter de l'Afghanistan et reçoit des breffages de la part de Roza Otunbayeva, la Représentante spéciale du Secrétaire général (RSSG). Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme en Afghanistan, Richard Bennett, a récemment été empêché par les talibans d'entrer en Afghanistan, après avoir été accusé de « diffuser de la propagande ».
Situation des droits de la personne
Depuis 2021, les talibans ont suspendu la constitution afghane, éliminé les systèmes judiciaires dans tout le pays et publié plus de 100 décrets restreignant les droits et les libertés des femmes et des filles. En conséquence, les femmes et les filles n'ont pas accès à l'enseignement secondaire ou post-secondaire, ne sont pas autorisées à participer à la plupart des activités économiques et à la vie publique, et sont fortement empêchées de quitter leur domicile sans un tuteur masculin. Plus récemment, les talibans ont introduit une série de nouvelles lois sur « le vice et la vertu », dont l'application est confiée au ministère pour la propagation de la vertu et la prévention du vice (PVPV). Visant principalement les femmes, ces « lois sur la moralité » leur interdisent de parler, de chanter ou de lire à haute voix. Les femmes afghanes n'ont pas non plus le droit de regarder directement les hommes auxquels elles ne sont pas liées ou mariées. Les femmes qui ne respectent pas ces nouvelles lois peuvent être détenues, punies et soumises à des violences par les talibans chargés de les faire respecter.
Entre-temps, les talibans ont favorisé la mise en place d'un vaste système de madrasas dans tout l'Afghanistan, y compris des « madrasas djihadistes » qui prônent des enseignements extrémistes. Des « tribunaux » talibans appliquant la charia ont été mis en place et ont infligé des centaines de châtiments corporels publics, y compris des coups de fouet et des exécutions publiques, à des hommes, des femmes et des enfants pour des crimes présumés tels que l'adultère et la « fugue ». Cette situation a conduit le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme en Afghanistan, ainsi que d'autres experts des Nations Unies, à demander que des enquêtes soient menées sur les talibans en vue de déterminer s'ils ont commis des persécutions fondées sur le genre, ce qui constitue un crime contre l'humanité en vertu du droit international.
Situation économique
L'économie afghane s'est stabilisée à un niveau inférieur de 25 % depuis la prise du pouvoir par les talibans en août 2021. Les perspectives économiques demeurent incertaines, avec des indicateurs de vulnérabilité et de pauvreté élevés – 15,3 millions d'Afghans sont en situation d'insécurité alimentaire aiguë. Il n'y a pas de moteurs de croissance clairs, et la politique fiscale actuelle, les risques d'investissement et les obstacles à l'accès au financement ne sont pas des facteurs prometteurs pour l'avenir proche. Les systèmes éducatifs, qui excluent actuellement des millions de filles au-delà du niveau primaire, ne seront pas en mesure de répondre aux besoins économiques futurs de l'Afghanistan. Les problèmes de chômage sont les plus graves chez les jeunes et les femmes.
Situation de l'aide humanitaire et des besoins de base
L'Afghanistan est confronté à des crises économiques et humanitaires profondes, aggravées par les retombées de quarante années de conflit, une pauvreté persistante, des conditions climatiques extrêmes et les politiques répressives des talibans. En 2024, 23,7 millions d'Afghans ont besoin de services humanitaires essentiels, et 15 millions d'entre eux devraient se trouver en situation d'insécurité alimentaire cette année. Les tremblements de terre survenus dans la province d'Herat en octobre 2023 ont directement touché plus de 43 000 personnes au début de l'hiver, et les opérations de secours se poursuivent en 2024. Ces derniers mois, l'afflux de rapatriés afghans en provenance du Pakistan a mis à rude épreuve des services essentiels déjà surchargés et a pesé lourdement sur les ressources actuelles et les marchés du travail dans les zones de rapatriement. Les inondations de mai 2024 ont causé d'importants dégâts aux habitations, aux infrastructures et au bétail dans les régions du centre et du nord. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (BCAH) des Nations Unies estime que 180 personnes sont mortes et que 29 000 autres ont été touchées. Dans ce contexte, la communauté internationale continue de plaider en faveur d'un renversement de l'interdiction faite aux ressortissantes afghanes de travailler pour des ONG, qui jouent un rôle crucial en facilitant l'accès des femmes et des filles afghanes à des services de santé et de protection essentiels.
Situation en matière de sécurité
Bien que l'Afghanistan ne connaisse plus de conflit violent actif, la situation en matière de sécurité demeure instable. Avec la complicité des talibans, al-Qaïda et d'autres groupes terroristes transnationaux continuent de maintenir une présence en Afghanistan. Depuis août 2021, l'État islamique – Province du Khorassan (EIPK), a renforcé sa présence et augmenté le nombre d'attaques visant les établissements d'enseignement, les sites religieux, les groupes minoritaires (en particulier la population minoritaire hazara), les forces talibanes et les installations diplomatiques. Le régime des talibans a contribué à l'émergence d'un ressentiment croissant et d'une résistance armée limitée dans le nord, menée par des groupes dominés par les Tadjiks. La menace que représente la présence accrue de combattants étrangers et de groupes terroristes en Afghanistan et la possibilité que l'Afghanistan redevienne un refuge pour les terroristes transnationaux constituent une réelle préoccupation pour la communauté internationale.
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